dimanche 6 mai 2007

7 minutes pour une anesthésie

Vendredi matin, au réveil, j’avais mal au ventre. Je me sentais inquiète, nerveuse.
J’ai passé une matinée chaotique, dispersée, à essayer, en vain, de me concentrer sur mon travail.

A 12h20, j’étais dans le métro pour aller à ma consultation d’anesthésie. J’avais rendez-vous à 14h mais, comme à la consultation avec le chirurgien, je ne voulais pas être en retard. Et puis je n’avais pas faim. J’étais trop nerveuse pour m’arrêter manger quelque part.

Dans le RER qui m’emmenait vers Saint Germain en Laye, j’ai refait l’inventaire de tous les documents qu’on m’avait demandé d’apporter. Pourtant, je les avais préparés mercredi soir et vérifiés jeudi soir et vendredi matin. Mais j’en avais besoin pour me rassurer et calmer mon agitation.

J’avais mes dernières ordonnances, les résultats de mes examens sanguins et les questionnaires à remplir et à signer qui m’avaient été remis le 02 Mars (consentements éclairés du patient en chirurgie et du dépistage du VIH, questionnaire médical d’anesthésie et consentement éclairé du patient en anesthésie).

J’avais suivi le conseil de Claude et préparé une petite liste de questions :
- comment va-t-il procéder pour m’anesthésier exactement ?
- à quoi sert le calmant qu’on donne avant l’anesthésie ?
- combien de temps vais-je être endormie ?
- mon réveil sera-t-il douloureux ?

J’avais très envie de pleurer, là, dans le RER. Il y avait cette peur qui parasitait tout et me faisait monter les larmes aux yeux. J’avais l’impression d’aller à un entretien d’embauche. J’avais le sentiment que le chirurgien et l’anesthésiste allaient me faire une fleur en m’opérant, et qu’ils pouvaient changer d’avis, sans aucun recours pour moi. D’avoir l’impression de dépendre totalement d’eux et de leur bon vouloir me faisait de la peine pour moi-même. Je me sentais impuissante et j’avais envie de pleurer sur moi. Pour moi.

Finalement, je suis arrivée une heure à l’avance. Incapable de rester là à ne rien faire, je me suis forcée à déjeuner en attendant.

A 14h tapantes, j’entrai dans la salle d’attente, les jambes un peu engourdies. C’était là que j’avais attendu ma consultation avec le docteur Foldès. La secrétaire médicale des anesthésistes m’a remis une feuille expliquant les différentes sortes d’anesthésie, les précautions à prendre, les statistiques d’accidents d’anesthésie. Je n’en avais lu que la moitié lorsque l’anesthésiste m’a appelée.

J’ai passé exactement 7 minutes avec Docteur Glaçon. 7 minutes face à un iceberg qui a commencé par prendre ma tension dans un silence pesant. Puis il m’a posé quelques questions, le visage fermé (quels sont les médicaments que je prends ? suis-je allergique ? Ai-je déjà été opérée ?). Il a ensuite examiné les résultats de mes examens sanguins, m’a dit que tout allait bien. Puis il m’a débité un discours rôdé d’une voix rapide, m’expliquant que je ne serai pas intubée mais oxygénée grâce à un masque, que je serai endormie pendant à peu près une heure et demi.

Toujours sans l’ombre d’une étincelle de sympathie, Docteur Froideur m’a indiqué qu’il faudrait que je sois à jeun à partir de minuit, la veille du jour de l’opération. Il ne me l’a pas dit mais j’avais lu sur la feuille d’information que le fait d’être à jeun éliminait les risques d’étouffement en cas de vomissement intempestif. Il m’a aussi précisé de ne pas prendre d’aspirine.

Il a repris sa respiration puis m’a demandé en remplissant le consentement éclairé du patient en anesthésie si j’avais des questions.

Je lui ai demandé à quoi servait le calmant qu’on donne au patient avant l’anesthésie. Il m’a expliqué que ce calmant servait à diminuer ma nervosité, naturelle face à la perspective d’une opération chirurgicale, et à faciliter ainsi mon anesthésie. Je l’ai aussi questionné sur mon réveil, je voulais savoir si j’allais me sentir vaseuse. Il m’a répondu que non, que je me réveillerai comme d’une nuit de sommeil. Si je prends bien les médicaments qui me seront prescrits, m’a t’il dit, je ne ressentirai aucune douleur. Je lui ai parlé de mon patch et il m'a assuré que je pouvais le garder à mon entrée à la clinique.

7 minutes s’étaient donc écoulées et il me ramenait au secrétariat. J’ai payé 28 euros, 4 euros la minute, pour cette consultation d’anesthésie plutôt fraîche. J'étais un peu énervée. Pas à cause du prix, non, à cause de la température du docteur Snow.

Alors, d'accord, la bienveillance, la chaleur humaine et la sympathie ne sont pas des dus, personne n’est obligé de se montrer chaleureux et doux (encore que pour les professions médicales, on puisse débattre de la question), mais quand même, la froideur de l’anesthésiste m’a troublée, pour ne pas dire agacée. Et puis d’être expédiée en sept minutes, ça m’a carrément inquiétée. Je me rassure comme je peux en me disant que je dois être un cas banal et facile, mais c’est surtout le fait de savoir que le docteur Foldès sera là et que je suis sa patiente et non celle du docteur Iceberg qui calme mon angoisse.

Paradoxalement, cette froideur m’a tout de même permis de dédramatiser, d’être pragmatique. A mes yeux, cet après-midi là, mon opération a perdu une partie de sa dimension symbolique et est devenue réelle.

En sortant de la clinique, je me sentais comme en vacances, toute légère. Il faisait beau, chaud et je pensais que maintenant, entre l’opération et moi, il n’y avait plus de démarches à faire, plus d’examens, plus de questionnaires ni de coups de fil à ma mutuelle.

Il ne restait plus que 12 jours.


16 commentaires:

Nathalie à Sydney a dit…

Je suis venue, j'ai lu, je suis émue. C'est bien que tu dises.
Un baiser de papillon pour toi, venu de l'autre côté de la terre.

Geralda a dit…

Docteur Glaçon ? Ça doit être le cousin de Docteur Rienàfoutre, que j'ai croisé à une époque où je faisais un bilan de stérilité...
Je devais faire un examen radiologique des trompes. Je me retrouve donc le cul nu et les pieds dans les étriers, dans une salle d'examen inconnue, devant une préparatrice inconnue, dans un état de grand confort psychologique, avec une pudeur pas du tout offensée, et absolument pas l'impression d'être une génisse chez le vétérinaire.

Et Docteur Rienàfoutre est entré en coup de vent, il a dit "Bonjour Madame, qu'est-ce que vous faites dans la vie?" en un seul mot et sans me regarder; dans le même élan, il m'a enfoncé la seringue où vous savez, a injecté son produit à contraste, et est ressorti. Je crois pas que ça lui a pris plus de 22 secondes.
Et je me suis dit qu'heureusement que mes années de thérapie avait suffisamment renforcé mon estime de soi, pour que je ne me sente pas totalement humiliée par ce sale con médiocre...

Non, on ne va pas chez le médecin pour qu'il vous prenne sur ses genoux, vous dorlotte et fasse de vous un cas à part.
Mais quand on doit s'exposer dans ce qu'on a de plus intime devant le corps médical, on attend de sa part un tout petit peu de confort psychologique et de courtoisie.
On n'est quand même pas là pour un ongle incarné ou le nez qui coule, mais pour quelque chose qui nous définit fondamentalement, alors ça mérite un minimum d'humanité !

Je te souhaite plein de bonheur... :-)

papillon a dit…

Bonjour et bienvenue!
Nathalie à Sydney, merci beaucoup de ton baiser de par delà les océans :)

Geralda, ton expérience a elle aussi été édifiante?! Lorsqu'on accomplit une démarche de cette nature, je trouve fou que le médecin qu'on a en face de soi ne perçoive pas la difficulté, la peur et la fragilité avec lesquelles on se présente devant eux. Le point positif, c'est que j'ai réalisé que ce qui m'importait avant tout, c'était le bon déroulement de mon opération. Je n'ai pas été anéantie par sa distance, son manque de chaleur, comme je l'aurais surement été il y a encore quelques mois. Dans mon cas aussi, j'attribue ma faculté à rester debout, après mon passage sur la banquise de l'anesthésiste, à ma thérapie qui m'a appris à faire la différence entre ce que me renvoie l'autre et qui je suis...

geralda a dit…

Mon expérience a été édifiante, même si je n'oserais la comparer à la tienne !

Mais que ce soit Docteur Freezer ou Docteur Goujat, je trouve navrant qu'encore aujourd'hui, à l'ère de la psychanalyse et la psychothérapie, bien des médecins se contentent d'être des techniciens. Comme si les maux du corps n'avaient pas de répercussion sur l'âme de leurs patients, et inversement !...
Et s'ils se réfugient derrière ce genre d'attitude pour ne pas avoir à affronter les émotions du patient, ou leur propre fragilité, ou par indifférence à force d'en voir défiler tous les jours, ils pourraient faire un minimum de travail sur eux-même (quitte à se faire aider !) pour trouver une attitude au moins décente...
Et je peux me permettre de le dire : j'ai travaillé 5 ans à l'hôpital, et j'en ai vu des bourrins ultra-diplômés qui maltraitent leurs patients psychologiquement, avec une arrogante bonne conscience !

Heureusement, ils ne sont pas tous comme ça, mais chaque fois que j'en croise un, j'ai l'impression de retourner au Moyen-Âge....

papillon a dit…

Je suis tout à fait d'accord avec toi sur cette technicité mise en avant au détriment de la chaleur humaine, Geralda.
Et ça me fait mesurer à quel point le docteur Foldès est humain, en comparaison du docteur Banquise...

Valérie de haute Savoie a dit…

Vite pour te rassurer un peu, mon fils qui a eu des opérations ultra lourde n'a toujours eu que de très courte consultations avec les anesthésites. Je crois qu'ils ont déjà des résultats et comptes-rendus dans le dossier. C'est juste pour avoir une "image" de la personne qu'il vont endormir. ah oui mon fils a toujours eu des suites parfaites d'opérations ;-)

papillon a dit…

Ah! alors ok, ça me rassure un peu ce que tu m'écris Valérie de Haute Savoie.
Tu sais, à ma consultation avec le docteur Foldès, il avait insisté assez lourdement sur la nécessité d'aller à la consultation avec l'anesthésiste. Du coup, j'ai cru que c'était une consultation très importante durant laquelle je devrais fournir des tas d'informations précises...

Claude a dit…

Ah oui, le docteur glaçon, je le connais bien, je l'ai rencontré sous diverses formes. La psycho n'est pas vraiment à l'ordre du jour des études médicales.
Ceci dit, les deux dernières fois où j'ai été anesthésiée, la consultation pré-opératoire n'avait pas été faite par la même personne que l'anesthésiste qui a fait mes anesthésies, et c'était tant mieux.
Ce qu'il faut que tu te dises, c'est que l'anesthésiste, ce n'est pas lui qui compte. Il est sûrement compétent, et ce n'est que l'un des instruments du docteur Foldés, qui lui, est ton interlocuteur.
Il y a vingt-deux ans, lors de mon accouchement, j'ai eu affaire à deux super-glaçons, l'anesthésiste et la sage-femme. L'anesthésiste a refusé de me faire une péri durale dans un premier temps, quant à la sage-femme, c'était une horreur.
Rentrée chez moi, j'ai écrit une lettre gratinée au directeur de l'hopital et à l'Assistance Publique et ai eu une réponse des deux. Je pense que ces deux personnes ont su ce que je pensais d'elle.
Basse vengeance peut-être, mais parfois, ça fait du bien. ;)

Claude a dit…

Et puis aussi, la consultation d'anesthésie, c'est une formalité, c'est la loi qui l'exige, alors, ils font souvent ça à la chaîne

papillon a dit…

coucou Claude!
Effectivement, je réduis le docteur Iceberg à son rôle d'"endormeur / réveilleur" pour ne pas y penser plus.
Mais c'est quand même difficile d'admettre qu'on n'est qu'un numéro dans une longue chaîne, même si c'est usant de délivrer la même information à chacun.
Enfin, bon, c'est bien le docteur Foldès, mon interlocuteur et c'est tant mieux comme ça :)

lili a dit…

chère papillon, tu sais, les médecins ne sont que peu formés à l'aspect réconfort de leur consultation

je comprends que tu attendes tant de tous ceux à qui tu confies ton sort, mais ils ont des rôles différents à jouer dans l'affaire

pense qu'un médecin qui choisit d'anesthésier ses patients a pris une orientation professionnelle très technique et que le dialogue avec le patient n'entre pas dans ses motivations
;o)

la froideur est une qualité chez quelqu'un qui va manipuler sur toi des produits qui te feront perdre conscience : il n'est pas question qu'il se laisse guider par ses émotions

au contraire, sois rassurée par son attitude ;o)

papillon a dit…

je n'avais pas envisagé les choses sous cet angle Lili :)
Et en fait, tu as raison, c'est plus sûr d'être entre les mains de quelqu'un qui se maîtrise (et je pense que docteur Banquise sait se maîtriser en toutes circonstances) qu'entre celles de quelqu'un qui se laisse emporter. le premier fait sans doute moins d'erreurs que le second...
Et puis il est vrai qu'anesthésiste, c'est quand même un métier à part dans le panel des métiers médicaux...

Chris a dit…

Cela ne fait que quelques jours que je connais l'existence de ton blog. Je compte avec toi les jours qui passent et qui te rapprochent de cette nouvelle vie, ce territoire inconnu. 22 h 05, le 10 mai, bientôt le 11... Encore quelques heures grignotées... Je t'embrasse...

Mathi a dit…

J'ai moi aussi un entretien tres court avec mon anesthesiste, 5 minutes avant l'operation elle meme... et tout c'est tres bien passé. Certes, il a ete beaucoup plus sympathique que celui que tu as rencontre, mais c'etait expedié!

papillon a dit…

Bonsoir Chris, bonsoir Mathi. Bienvenue à vous deux.
Merci beaucoup de vos commentaires. Mathi, tu me rassures définitivement, c'est donc normal que la consultation avec l'anesthésiste soit courte.
Chris, tu soulignes le phénomène émergeant de cette dernière semaine: la liesse. J'essaie tout de même de la juguler un peu (il ne faut jamais vendre la peau de l'ours, etc...) mais c'est indéniable: je suis impatiente et de plus en plus transportée. Pour un peu, je me croirais au nouvel an :)

Anonyme a dit…

La dernière fois que j'ai été opéré, l'anesthésiste était une femme dynamique... Elle est repassée après pour m'expliquer en quoi ça avait été délicat de m'endormir et de m'intuber et m'a recommandé, si je devais me faire opérer à nouveau, de prévenir le prochain anesthésiste.