lundi 21 mai 2007

De l'autre côté du miracle

Quand j’ai ouvert les yeux, j’étais dans un lit, dans une autre pièce. Et j’avais horriblement mal. J’ai pleuré en répétant « J’ai mal » et l’infirmière, qui, deux minutes avant m’avait affirmé que « non, je n’avais pas mal » (quand j’y repense, je suis à nouveau toute énervée), m’a mis une perfusion pour atténuer la douleur.

Je crois que l’opération a duré une vingtaine de minutes et mon anesthésie une heure à peu près.

Je ne me souviens pas bien du trajet jusqu’à ma chambre, j’étais comme dans du coton. Ma voisine de chambre n’était pas là. Je ne me rappelle pas son retour. Je somnolais, je me sentais très fatiguée, j’avais mal…

Je me souviens toutefois de ma voisine qui exigeait quelque chose à manger et des explications des infirmières (il faut attendre plusieurs heures avant de manger, le temps que l’anesthésie générale s’estompe totalement, sous peine de s’étouffer en avalant de travers). Et je me rappelle aussi qu’une infirmière a pris ma tension 3 ou 4 fois dans la journée.

Le premier de mon entourage à se manifester fut mon homme. Il est venu me voir vers 16 heures, juste au moment où on nous apportait le goûter (compote de pommes, deux petits beurres et une madeleine). J’ai été si contente de le voir que j’en aurais pleuré quand il est parti.

Ensuite j’ai reçu des coups de téléphone. De mon meilleur ami d’abord. De ma cousine ensuite. Puis de ma mère. Je lui avais donné le numéro de la clinique mais je ne pensais pas qu’elle m’appellerait.

Je n’arrive toujours pas à savoir exactement ce que j’ai ressenti en l’entendant, mais il y avait une pointe de soulagement, en tout cas, et aussi de la joie. Elle m’a posé plein de questions, comment ça s’était passé, comment je me sentais, est-ce que j’avais mal, quand est-ce que je sortirais, etc… Elle m’a recommandé de bien me faire expliquer la marche à suivre une fois que je serais rentrée à la maison. Ça m’a vraiment fait plaisir que ma mère s’intéresse comme ça à moi, ça m’a touchée. C’était plutôt nouveau pour moi.

Ma mère m’a ensuite passé mon père, qui venait de rentrer. Il avait toujours ce ton distant, gêné. Il ne m’a pas beaucoup parlé, juste demandé si ça allait, je crois. Là encore, je ne me souviens pas bien des mots que nous avons échangés. Je n’avais pas envie de lui parler, je lui en voulais de son ton, de cette distance que je sentais, de cette rigidité.

Dire que j’avais peur qu’il m’engueule, je trouve sa quasi indifférence pire, finalement. Je suis déçue quand je pense à mon père. Déçue et en colère.

La nuit fut difficile, j’ai mis beaucoup de temps à m’endormir, contrairement à ma voisine de chambre. J’avais mal, malgré les cachets antidouleurs qu’une infirmière est venue m’apporter. J’avais envie de faire pipi mais je n’osais pas, j’avais peur d’avoir encore plus mal. Et puis il y avait cette serviette hygiénique géante qui me gênait aussi.

Le lendemain matin, j’étais à nouveau très impatiente. J’avais envie de rentrer chez moi. Vite. Une infirmière est passée nous prévenir que le docteur Foldès allait venir nous voir et qu’il fallait attendre de l’avoir vu avant de quitter la clinique.

En l’attendant, j’ai un peu bavardé avec ma voisine de chambre. Elle a 36 ans et 4 enfants d’un premier mariage malheureux. L’opération, dans son cas, c’était parce qu’elle se sent frustrée, sexuellement. Et aussi parce qu’elle a peur que son second mari la quitte si elle n’est pas plus « enjouée » au lit. Elle m’a dit qu’à chacun de ses accouchements ou à chaque fois qu’elle a eu l’occasion de voir un gynécologue, elle a demandé, en vain, s’il était possible de faire quelque chose pour elle et son absence totale de plaisir. Elle avait entendu parler du docteur Foldès à la télévision et avait appelé dès le lendemain pour prendre rendez-vous.

Le docteur est passé en coup de vent. Il nous a remis, à ma voisine et à moi, une ordonnance et une fiche intitulée « Suites immédiates de la chirurgie réparatrice du clitoris ». Puis il m’a fait un arrêt de travail jusqu’au vendredi 25 Mai. Il nous a ensuite expliqué très vite les soins à faire puis est reparti. Je n’ai pas eu le temps d’écrire ce qu’il m’a dit, je n’ai pas eu le temps de lui dire que j’avais plus mal du côté gauche de mon sexe que du côté droit, je n’ai pas eu le temps de lui demander si c’était normal.

Avant de partir, il nous a dit d’appeler dans 3 semaines pour savoir quel jour il consulte et de nous présenter, sans rendez-vous, un jour où il serait là.

Quelques minutes plus tard, suite à un appel de l’accueil de la clinique, je suis descendue (à une allure de tortue, ça faisait assez mal, quand même) régler le dépassement d’honoraire de 300 euros du chirurgien et les 9 euros que m’ont coûté le téléphone et la télévision.

Mon homme est arrivé au moment où la jeune femme de l’accueil me remettait un bordereau de signature patient / assuré et un bordereau d’hospitalisation en trois exemplaires chacun (un pour moi, un pour la sécurité sociale et un pour la mutuelle).

J’étais d’excellente humeur, je gazouillais dans l’escalier avec mon chéri, en remontant chercher mon sac. Je ne pouvais pas m’empêcher de sourire, tellement j’étais heureuse. J’avais envie d’étreindre tout le monde. Pourtant, l’ambiance était étrange. La clinique était très calme en ce jeudi férié, j’avais l’impression qu’il n’y avait personne à part la jeune femme qui tenait l’accueil et les patientes du docteur Foldès qui circulaient dans le couloir (je les ai reconnues à leur démarche, si semblable à la mienne).

J’en ai croisée une dans l’escalier en redescendant. Je lui ai souri mais elle avait un air lugubre que je n’ai pas compris. La vie était si belle, comment était-ce possible d’être triste ?

Mon homme m’a emmenée à la pharmacie dès notre arrivée à Paris. J’ai acheté :

- du Brexin (1 comprimé à prendre chaque matin pendant 10 jours)

- du Di antalvic (2 à 4 comprimés par jour en cas de douleurs)

- Un flacon de Bétadine rouge et un paquet de cent compresses stériles (je dois faire ma toilette intime 4 fois par jour avec de la Bétadine diluée et des compresses et rincer abondamment ensuite)

- Un paquet de serviettes hygiéniques en coton tout doux

Puis il m’a emmenée dévorer une énorme entrecôte. Avec plein de frites. Pour me faire oublier la nourriture déprimante et plutôt légère au niveau des portions de la clinique.

Quand j’ai rallumé mon portable, j’avais un message de ma mère qui voulait savoir si j’étais bien rentrée et qui me répétait qu’elle était à 100% avec moi. Je l’ai rappelée, j’étais toute contente de bavarder avec elle. Je lui ai parlé de ma voisine de chambre, de la délicieuse entrecôte que je venais de manger, de mes soins… Avant de raccrocher, elle a remercié mon homme de s’occuper si bien de moi. Ça m’a fait très plaisir de la sentir si présente. C’était agréable. Je me sentais apaisée en raccrochant.

J’ai aussi appelé ma cousine. J’avais quand même eu le temps de demander au docteur Foldès comment devaient procéder les femmes habitant à l’étranger pour bénéficier de l’opération. En réalité, c’est plutôt simple : il suffit d’avoir une assurance qui fonctionne à l’étranger et qui prendra en charge les frais d’opération. Elle doit donc venir se faire examiner par le docteur Foldès qui lui établira un devis à remettre à son assurance. Dès que cette dernière aura donné son accord, elle pourra prendre rendez-vous pour se faire opérer.

Ma cousine était ravie. Et moi aussi.

Voilà comment se sont passées ces journées si essentielles. Je suis contente d’en avoir couché le détail ici. Pour moi, pour d'autres femmes excisées, pour mes enfants plus tard, pour tout le monde, en fait. Oui, je suis contente. Même si j’ai trouvé l’exercice curieusement difficile…

16 commentaires:

Caro B. a dit…

Bonjour Papillon!

Comme je suis contente de te sentir si heureuse! J'en ai eu les larmes aux yeux lorsque j'ai lu que ta mère t'avait appelé et que tu avais -enfin!- partagé un peu de quotidien avec elle :-)

J'espère que la douleur physique va vite s'apaiser et que tu pourras enfin découvrir ce changement en toi.
Que ton père arrive à rompre la glace, et que cette nouvelle relation avec ta mère soit le début d'une longue et belle aventure!

Merci pour toutes ces nouvelles et bravo encore d'avoir fait tout ce travail sur toi pour y arriver.

papillon a dit…

Bonjour Caro b.!
Merci mille fois pour tous tes voeux. C'est vrai que pour l'instant, la douleur physique occulte tout le reste. Vivement la suite!

Meri a dit…

C'est génial ! Je suis si contente, heureuse pour toi !!

Bises

Christine a dit…

Quel bonheur de te sentir aussi heureuse ! D'ailleurs, je viens de te croiser chez Hélène, la nouvelle sportive :o))
La douleur physique va vite passer, je te le souhaite, afin que tu n'aies plus que la joie de ta renaissance :o)
Fais gaffe au Brexin, c'est super efficace, mais comme tous les anti-inflammatoires, il faut IMPERATIVEMENT le prendre en cours de repas, et jamais dans un estomac vide !!
Bonne convalescence !

papillon a dit…

Merci Meri et Christine!
Christine, je vais m'obliger à petit-déjeuner solide alors (là, je ne fais que boire du thé et du jus d'orange).
La convalescence a cet avantage qu'on peut aller lire tranquillement tous ses blogs :)

Nono & Thomas a dit…

Coucou !
Ca me fait plaisir de voir que tu vas bien, que tout s'est passé. Le pire est derrière, restent des mises au point ici et là avec ta famille.
Sinon j'imagine la douleur que tu as dû ressentir au réveil, ma pauvre. Et avec l'anesthésie général tu devais vraiment être dans le "gaz".
En tout cas je suis contente que tu sois bien. J'ai quelques qustions à te poser :
- Combien de temps ça va mettre pour guérir, cicatriser ?
- Est ce que tu as déjà des sensations ? Ca prendra peut-être du temps ??
- L'opération, en quoi a t-elle consisté vraiment ? Qu'est ce qu'il a fait ?
- Est ce que tu pourras ressentir du plaisir comme si il n'y avait pas eu d'excision avant.
C'est un peu délicat, tu sais. J'ai peur de te blesser dans mes questions, je sais que tu es fragile et ça m'embêterait vraiment. En plus mes questions peuvent peut-être paraître bêtes.
Dans le même temps l'excision j'en ai bcp entendu parlé, c'est quelque chose de terrible, mais j'ai du mal à me rendre compte concrètement parce que j'ai jamais osé aller voir des images par peur et douleur, mais j'imagine ce que c'est.
En tout cas prends bien soin de toi .
Gros bisous
Nono

Coucoune a dit…

Bonsoir Papillon,

Mach'Allah! tout est bien fini pour toi ....
J'espère que mon parcours sera tout aussi paisible.
En tout cas merci beaucoup de m'avoir servie "d'éclaireur". Je sais déjà ce qui m'attend pour le 06 juin y compris le Dr Iceberg !
Mille mercis pour ce témoignage et bon rétablissement.

Bises

Mlle Crapaud a dit…

Pour ton père ... Sa réaction n'est pas très étonnante, en fait . Vous avez toujours eu des rapports un peu "distants", du coup il ne doit pas trop savoir comment réagir avec toi en ces instants.

Je suis follement heureuse pour toi, ton bonheur est palpable :-) Tu as de moins en moins mal, j'espère ?
Je t'embrasse

Cornélie a dit…

... C'est peut-être difficile pour ton père de se dire que sa propre mère a pu faire cela... si difficile qu'à l'époque, il a choisi d'accuser ta mère (si elle dit la vérité sur son innocence bien sûr...).
Quand c'est trop dur à intégrer, le déni nous pousse à nous protéger et a refuser la réalité...
Enfin, toutes c'est choses vont évoluer dans le temps, et les pièces du puzzles vont se mettrent en place...
Quand même, c'est chouette de voir que ta mère s'inquiète pour toi!
Passe une très bonne journée! ;-)

papillon a dit…

Nono, Je pense que la prochaine fois qu'on se verra, ma famille et moi, ça va être très intéressant.
Je ne sais pas si je suis particulièrement sensible à la douleur, mais c'est vrai qu'au réveil, c'était l'horreur.
Je tiens à te remercier de tes questions. Elles ne sont pas du tout blessantes ni bêtes au contraire.
Les grands esprits se rencontrant souvent, mon billet suivant répond aux 3 premières questions. Pour ce qui est de la 4eme, en théorie je pourrai normalement ressentir un plaisir sans entrave puisque physiquement, rien ne s'y opposera plus. D'après ce que je sais, ça devrait survenir entre 6 mois et 2 ans après l'opération. J'ai dis en théorie parce qu'il y a une importante composante psychologique dans la récupération de l'aptitude à jouir.
Il faut être 'bien dans sa tête'. J'espère que ce sera mon cas.

Coucoune, je ne doute pas que ton parcours sera aussi paisible que le mien ou que celui des dizaines de femmes qui sont opérées chaque jour. Il n'y aura aucun pépin d'aucune sorte, j'en suis convaincue!

C'est vrai que la réaction de mon père était prévisible, Mlle Crapaud. Mais à côté de celle de ma mère, inédite, elle est décevante. J'ai l'impression que ma mère a franchi une énorme distance pour se rapprocher de moi et je ne perçois pas ce même mouvement du côté de mon père. Du coup, je le vois un peu comme un égoïste qui ne veut pas essayer de faire un pas pour moi (l'occasion de se dépasser est pourtant là) ou, dans mes bonnes heures, comme un emmuré vivant que rien ne peut arracher à sa réserve...
Alors d'accord, sa propre mère est sans doute l'instigatrice de notre mutilation et ce que tu dis, Cornélie, est très sensé. Mais alors, ce que son attitude met à mal, c'est toute une partie des valeurs qu'il m'a transmises: l'honnêteté envers soi-même, le courage, la vérité... Mon père n'est pas un héros, peut-être que ce que je vois là et que je ne comprends pas, c'est que lui aussi est un être fragile...

c a dit…

papillon, n'oublie pas que ton père est un homme :)
Pour lui, ce doit être plus difficile de parler avec sa fille de choses très intimes. Enfin, c'est comme ça que je vois les choses. Il me semble que ta mère a fait un chemin incroyable et qu'il faut que tu patientes avec ton père. En tout cas, ils sont AVEC toi et ça, c'est formidable.
Quant à toi, tu es tellement courageuse qu'on a envie de te sauter au cou, ce que je fais virtuellement. :)

Claude a dit…

C, c'était Claude. J'ai fait une fausse manoeuvre et cliqué trop vite.

lalita a dit…

Je pense que c'est déjà énorme pour ton père de te parler et d'être avec toi dans cette épreuve. Sa pudeur doit en prendre un sacré coup, mais son amour pour toi est très fort.
Il va lui falloir du temps pour franchir les étapes mais je ne doute pas, je suis sûre que vous arriverez à en parler ! Plus tard !

papillon a dit…

Claude, Lalita, je sais que vous avez sans doute raison et qu’il faut que je patiente. Mais j’ai envie que mon père fasse un pas vers moi, comme ma mère, qu’il se dépasse un peu, pour moi. J’espère qu’il tentera de les franchir, ces murailles de pudeur qui l’entourent. Ca me blesserait que ce soit à moi d’aller l’extirper de sa caverne. D’ailleurs, je crois que je n’irai pas et que je vivrai, au pire, avec ma déception…

A. a dit…

Une question bien en retard ...
Est-ce que ta voisine de chambre a été excisée et en conséquence elle se sent frustrée sexuellement, ou est-ce que c'était quelque chose qui serait arrivée de toute façon?

papillon a dit…

D'après elle,A. , son absence totale de plaisir est une conséquence directe de son excision uniquement. Et c'est donc à cause de son excision qu'elle était frustrée...