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jeudi 5 juillet 2007

Hip hip hip!

Il pleuvait très fort mardi après-midi lorsque j’ai quitté Paris pour me rendre à ma seconde consultation postopératoire à la clinique Louis XIV. J’avais les pieds trempés et pourtant, j’étais d’humeur sereine. Dans le RER qui m’emmenait vers Saint-Germain-en-Laye, je n’éprouvais rien de particulier.

Pourtant, à l’approche de la gare, une tension irrationnelle m’a saisie. Alors que je cheminais vers la clinique, dans la ville ensoleillée, elle a grandi et a commencé à engourdir mes jambes.

Comme j’étais arrivée en avance, je me suis arrêtée dans un café, le même que celui où j’avais attendu l’heure de ma première consultation. La tension qui m’étreignait s’est alors muée en peur diffuse.

Ce qui me travaillait le plus, c’était l’idée que ma cicatrisation était peut-être trop lente et qu’il allait peut-être falloir que je revienne à Saint-Germain-en-Laye. Je n’avais pas envie de revenir. Pas avant longtemps, en tout cas.

Il y avait très peu de personnes dans la salle d’attente. Peu de personnes et pas de femmes noires. J’en ai été surprise mais je n’ai pas eu le temps de m’interroger car, à peine assise, j’ai aperçu le docteur Foldès qui se dirigeait vers sa secrétaire. Et curieusement, je n’ai pas été aussi saisie et troublée de le voir que les fois précédentes.

Je n’ai pratiquement pas attendu. Quittant le bureau de sa secrétaire, il est entré dans la salle d’attente et m’a appelée. C’est à ce moment-là que j’ai remarqué que ma peur avait reflué.

Dans son bureau, il a commencé par plaisanter sur ma guitare (j’avais un cours un peu plus tard dans la journée et je l’avais donc trimballée jusqu’à la clinique). Il était souriant et semblait d’excellente humeur.

Il a commencé par me demander à quelle date j’avais été opérée.

Il était en train de compulser un dossier multicolore portant mon nom quand un coup de fil l’a interrompu. Apparemment il s’agissait d’une femme qui voulait convenir d’une date d’opération. Il tournait les pages de son agenda et j’ai pu y voir que tous ses mercredis et vendredis étaient remplis de noms à consonance africain, entourés à l’encre bleue claire. Peut-être étaient-ce là les noms des femmes qu’il allait opérer ?

Après avoir tourné quelques pages, il a demandé à son interlocutrice de le recontacter à la fin du mois de juillet. Puis il a raccroché et m’a indiqué le fond de la pièce, où trônait sa table d’examen.

En se levant, il m’a demandé si ça coulait toujours. « Presque plus » lui ai-je répondu. « C’est normal. Ça ne va bientôt plus couler du tout » m’a-t-il assuré.

Après un rapide examen, il s’est extasié : « Parfait! Vous avez un magnifique clitoris! Bonne place, bonne taille et belle couleur. Il est par-fait ! Vous êtes contente ? ». « Oh que oui » ai-je répondu, toute fière. En vérité, j’étais plus que contente. Je me sentais à la fois ravie et drôlement soulagée que tout aille si bien.

« Vous n’êtes désormais plus une femme excisée ». Elle m’a fait monter les larmes aux yeux, cette phrase. Je considérais que je n’étais plus excisée depuis ma sortie de la salle d’opération mais l’entendre, là, de sa bouche à lui, ça m’a vraiment touchée. C’est comme s’il me libérait de quelque chose. Comme s’il m’absolvait.

Il m’a expliqué que la première partie de ma cicatrisation, la plus difficile, était terminée. J’allais maintenant aborder la seconde partie, celle qui rendrait sa sensibilité à mon clitoris.

Cette deuxième partie, m’a-t-il précisé, était au moins aussi importante que l’opération elle-même.

Et les bonnes nouvelles ont commencé à affluer.

Déjà, finies les toilettes à la Bétadine quatre fois par jour.

Youpiiiiiiiiiiiii!

Adieu, sac de nomade! Adieu, compresses stériles! Adieu, pissette! Notre histoire s’arrête là! Je suis libérée de vous!!

Désormais, et pendant six semaines, je ne dois faire que deux toilettes intimes par jour, une le matin et une le soir, avec de l’eau et… du savon de Marseille. Il a bien insisté sur le fait de n’utiliser ni gels intimes ni gel douche pour nettoyer mon clitoris et mes petites lèvres. Il m’a dit que le savon de Marseille était le seul nettoyant qui n’agressait pas les parties intimes.

Chaque matin (et uniquement le matin), après ma douche, il me faut appliquer sur mon clitoris et mes petites lèvres une noisette d’une crème appelée JONCTUM. Il n’en faut qu’un tout petit peu pour former une fine pellicule protectrice.

Cette crème miraculeuse va constituer une sorte de pansement, ce qui rendra donc « la zone opérée plus confortable » selon ses termes. En outre, elle va permettre à la peau de se reformer et de recouvrir mon clitoris. Enfin, l’application régulière de la crème va avoir pour effet de rendre sa sensibilité à mon clitoris.

Profitant d’un silence, je lui ai fait part de mon inquiétude à propos de mes petites lèvres que je ne voyais toujours pas. Il m’a expliqué que c’était normal, qu’elles étaient bien là, à la base du clitoris mais que ce dernier, qui n’avait pas encore sa taille définitive (excellente nouvelle, je le trouvais justement encore trop gros), les masquait quelque peu. En plus, elles sont assez petites, le procédé de reconstruction choisi étant de faire des injections dans les chairs qui avaient échappées au couteau de l’exciseuse. Je les verrai donc mieux (enfin si l’on peut dire puisque je n’ai jamais eu l’honneur de les voir) dans quelques jours.

Il a enchaîné en me déclarant qu’il m’avait rendu mon clitoris et que ce dernier m’appartenait. «C’est comme si je vous avais rendu un doigt ou votre nez, il fait partie de vous et, à ce titre, n’appartient qu’à vous». Il m’a expliqué que pour retrouver sa sensibilité, il ne me fallait compter ni sur les hommes ni sur qui que ce soit d’autre. « C’est à vous-même de trouver cette sensibilité en apprivoisant peu à peu votre clitoris».

Il m’a dit que les sensations désagréables que j’éprouvais actuellement en touchant mon clitoris allaient disparaître peu à peu dans les prochaines semaines et qu’il faudrait à peu près six mois avant qu’il soit complètement sensible de nouveau.

Je lui ai demandé quand je pourrais reprendre le sport et il m’a répondu que je le pouvais dès maintenant. Même la natation.

J’ai aussi posé la question pour les relations sexuelles. Et je peux les reprendre également dès maintenant. Il m’a dit que ce ne serait pas forcément agréable au début mais que ça serait déjà bien plus confortable. En plaisantant, il m’a demandé si mon homme était pressé. Quand je lui ai répondu que mon chéri voulait lui aussi attendre son feu vert avant de faire quoi que ce soit, il m’a répondu que c’était tout à son honneur.

Là, il y a eu un silence. Et puis je lui ai dit « Merci, docteur. Merci beaucoup ». Ma voix a vacillé pendant que je parlais. Je voulais lui expliquer précisément pourquoi je le remerciais, lui détailler ce « merci ». Mais rien n’est sorti, j’avais la gorge totalement nouée.

Il a opiné de la tête, silencieux et souriant…

En me raccompagnant à sa porte, il m’a dit, en me serrant la main « Bon maintenant, il s’agit de convaincre d’autres jeunes femmes de venir se faire opérer ! ». Je lui ai alors parlé de mon blog et de son sujet. Il m’a dit que c’était une bonne idée, que de lire le récit de femmes qui entreprennent de se faire opérer pouvait peut-être en inciter d’autres à sauter le pas.

C’est vraiment parce que j’ai pour règle de ne pas gazouiller d’aise en public que je me suis contentée de sourire. Parce qu’il m’a été extrêmement difficile de me retenir de ronronner de contentement, là.

«Vous pouvez écrire sur votre blog que je ne suis que médecin. Je ne peux pas pousser les femmes à subir cette opération. C’est un choix qui leur revient. À elles seules. J’accompagne, j’opère mais cette décision de rejeter cette coutume et de vouloir retrouver son corps leur appartient. Je ne peux pas la prendre à leur place » a-t-il ajouté.

«Bon et bien, on se revoit en décembre pour faire un petit bilan?». C’est sur ces mots et sur mon « Oui, d’accord» un peu étranglé par l’émotion que nous nous sommes quittés, le docteur Foldès et moi.

En allant payer ma consultation à sa secrétaire, j’avais un grand sourire. En m’asseyant en face d’elle pour faire mon chèque de 50 euros, je n’ai pas pu m’empêcher de m’exclamer que j’étais conteeeeeente!

Elle m’a demandé pourquoi et je lui ai expliqué que c’était parce que tout s’était parfaitement bien passé. En souriant, elle m’a dit « Vous en doutiez?»

En sortant, extatique, j’avais envie de faire des bonds de cabri. J’ai appelé mon homme et je l’ai noyé sous ma joie, le pauvre (il n’a d’ailleurs rien compris, il a fallu que je lui réexplique tout une fois rentrée).

Puis, alors que j’approchais de la gare, je me suis souvenue d’une question que je n’avais pas posée au docteur Foldès. Je l’ai rappelé et lui ai dit que, toute à ma joie, j’avais omis de lui parler de mes satanés fils qui ne sont toujours pas tombés. Il m’a répondu que c’était imminent, que ça allait arriver dans les deux prochaines semaines.

Yahouuuuuuuuuuuuuuuuuu !

Dieu que j’étais contente.

J’ai, depuis cette consultation, une impression de légèreté incroyable. Dans ma tête, il y a de la musique entraînante en permanence.

Ca ressemblerait à ça le bonheur, que je ne serais pas étonnée du tout!

vendredi 29 juin 2007

Bilan des six semaines

Mercredi, ça a fait six semaines que j’ai été opérée. L’heure est venue de faire un petit bilan.



Douleurs : 1/10


Ma période de souffrances post-opératoire est loin derrière moi. Elle n’a finalement duré qu’une dizaine de jours. Ensuite, pendant deux ou trois semaines, il y a eu les tiraillements et un sérieux inconfort quand je restais debout trop longtemps, voire une douleur diffuse mais bien présente si vraiment je poussais le bouchon trop loin.

Mais bon, ça ne m’est pas arrivé plus d’une fois ou deux (j’apprends très vite à me ménager quand l’alternative implique de souffrir). Enfin, il y a eu la détestable période de repousse des poils. J’ai eu furieusement envie de me gratter durant une semaine à peu près.

Mais maintenant, la guerre du mal physique est terminée. J’ai étrangement presque oublié ce que ça faisait.


Alléluia.


Cicatrisation : 8/10


Mon clitoris est toujours bien rose.

En revanche, toute la zone autour a retrouvé une couleur normale. L’ensemble de mon intimité a d’ailleurs dégonflé et n’est pratiquement plus sensible.

En parlant de sensibilité, contrairement à ce que je croyais, je ne sens pas encore mon clitoris «de l’intérieur». Je n’ai plus mal, je le sens «de l’extérieur» quand je croise les jambes, mais c’est tout pour l’instant. Je patiente, je patiente.

Je continue à faire des toilettes intimes avec de la Bétadine diluée. Le plus souvent, c’est 4 fois par jour mais il m’arrive de plus en plus souvent d’oublier la séance de fin d’après-midi et de me cantonner à 3 nettoyages.


Normalement, ce traitement devrait être modifié la semaine prochaine. J’ai rendez-vous avec le docteur Foldès et il m’a dit qu’il me prescrirait une crème pour parachever la cicatrisation. J’espère qu’il n’y aura plus autant d’ablutions intimes à faire, parce que j’en ai assez, là.


Les fils ne sont toujours pas tombés. Ils vont s’incruster dans mes chairs si ça continue, j’en suis sûre.


L’autre grande contrariété que j’éprouve, c’est que je ne distingue toujours pas mes petites lèvres. Soit je suis plus que nulle en anatomie féminine (et pourtant je me suis documentée), soit il y a un problème et elles sont encore trop gonflées. Du coup, la peau étant tendue, elles se fondent dans les grandes lèvres et c’est pour cela que je ne les vois pas. Enfin, c’est la théorie que j’ai élaborée ce matin. Verdict la semaine prochaine.


Démarche : 9/10


J’ai retrouvé ma démarche. J’irai même jusqu’à dire qu’elle est plus féminine, vu que mettre des jupes me fait remuer du popotin. En réalité, j’aime de plus en plus ça, me balader en jupe ou en robe. Je m’habitue de plus en plus à l’aspect de mes jambes (leur joliesse doit dépendre du point de vue. Vu de ma fenêtre, elles sont un peu bof, mes jambes, quand même). J’irai presque jusqu’à dire que j’aime ma silhouette en jupe…


Seulement, si j’ai retrouvé ma vitesse de croisière lorsque je marche, je ne cours pas encore vraiment. Je n’ose pas y aller franco et je me contente de trottiner précautionneusement. Même sous une pluie battante. C’est dire à quel point j’ai peur de me faire mal. Il va pourtant bien falloir que je me lance un jour, mais pour l’heure, j’ai la frousse.

Moral : 7/10


J’ai des hauts et des bas. Pas d’euphorie ni de grosse déprime mais bon, mes démêlées avec mes parents ont laissé des traces. Ca fait 3 semaines que je ne leur ai pas parlé et je n’en ressens pas du tout l’envie, là. Je suis comme blasée. J’ai besoin de mettre cette distance entre nous. Mais je ne sais pas jusqu’à quand et ce qu’il y aura au bout.

Du côté de ma thérapie aussi, j’ai mis mes parents de côté. Il me faut le temps d’assimiler ce qui s’est passé ces derniers temps. En ce moment, je travaille sur les mythes que je me suis construit pour maintenir mon estime de moi-même à flot. J’en suis à un stade où elle n’a plus besoin de ces bouées et il faut que je m’en défasse. C’est drôlement difficile, je trouve. Parce que j’ai peur de ce qui se passera quand il me faudra avancer sans ces béquilles. C’est comme lorsqu’on enlève les petites roues au vélo d’un enfant…

Avec le recul, je réalise l’aide inestimable qu’a été la possibilité de mettre des mots sur ce que je ressens. Chez ma psy, bien entendu. Et aussi ici, sur ce blog. Je crois vraiment que j’aurais pu m’empoisonner en n’élaborant pas toutes ces choses qui m’ont traversées par le passé et encore maintenant…



Sexe : 3/10


Je m’inquiète de plus en plus par rapport à la reprise, imminente j’espère, de ma vie sexuelle. Ca nous manque, à mon homme et à moi.

Mais j’ai très peur que le méli-mélo corporel me fasse mal. Déjà, le frottement contre mon clitoris me glace d’effroi. Vu l’effet que me fait un pauvre jean, je n’ose imaginer ce que la peau et les mouvements de mon chéri pourraient causer comme douleur. En fait, pour l’heure, j’associe tout contact avec mon clitoris à une idée de douleur intense.

A la limite la pénétration me fait moins peur, vu qu’il y a des positions qui permettraient qu’il n’y ait pas trop de frottement avec mon clitoris. Mais même là, j’appréhende beaucoup.


Je crois que j’ai, en outre, besoin du feu vert du docteur Foldès avant de me lancer. Je veux être sûre que je ne cours aucun risque sur le plan médical. Je ne veux pas avoir de complications ou je ne sais quoi de désagréable et que j’aurais pu éviter en ne batifolant pas à tort et à travers.


Forme Physique : 6/10


Je ne sais pas si c’est lié, mais je suis épuisée. Franchement crevée même. C’est simple, je me traîne. C’est comme si, après une tension soutenue, je m’étais relâchée et que j’accusais le coup. J’ai tout le temps sommeil et je m’endors dès que je suis allongée. Vivement les vacances…



Sport : 0/10


J’en suis la première étonnée mais mes séances (sporadiques, je l’avoue) de piscine ou de jogging me manquent.

Pourtant, j’attends de voir le docteur Foldès avant de reprendre mes activités. Je ne veux pas retourner à la piscine et chopper une horreur qui m’obligerait à suivre un traitement pendant encore de longues semaines.



Arrêt du tabac : 6/10


J’ai craqué.

Plusieurs fois.

C’est nul, je sais, je sais.

Je crois qu’avant l’opération, j’avais trop peur que le fait de fumer puisse nuire à ma reconstruction (ça pouvait entraver la cicatrisation) et je me tenais à carreau.


Maintenant que j’ai été opérée et que je ne suis pas morte sur la table, je n’ai plus d’épée de Damoclès suspendue au dessus de la tête.


Alors bon, à l’occasion de fêtes, j’ai fumé une ou deux cigarettes, bêtement, dans la liesse du moment.

Ensuite, j’ai racheté un paquet que j’ai entièrement fumé.

Ce n’est pas bien du tout, je sais, je sais.

Je suis toute contrite. Je vous assure que je me flagellerais si je n’avais pas ce petit problème d’intolérance à la douleur. J’ai honte. Et encore plus depuis le regard déçu que m’a lancé mon homme quand il m’a prise sur le fait.


Je suis patchée de nouveau depuis quelques jours, je ne veux pas retomber dans cette addiction.


Surtout que je me demande si ça n’explique pas le fait que ma cicatrisation n’est toujours pas finie après les 6 semaines prévues.

lundi 25 juin 2007

Mes amies les jupes

Hier soir, j’ai réalisé quelque chose d’insensé.


En 40 jours, je n’ai pas porté de pantalons. Enfin, si je ne compte pas le bas de pyjama large avec lequel j’ai passé un ou deux dimanche, je n’ai porté AUCUN pantalon en 40 jours.

Je n’ai porté que des jupes pendant plus d’un mois. Tous les jours ! N’est-ce pas complètement fou ça ?

Ca ne m’était pas arrivé depuis tellement longtemps que je ne me souviens pas de mon précédent record. C’est dire à quel point ce qui m’arrive est révolutionnaire.


Et en plus, je me sens normale.


Bien évidemment, pour l’adepte inconditionnelle du pantalon que je suis, les choses ne sont pas déroulées sans douleur.


Au début de ma convalescence, c’était simple, je n’étais que douleur et souffrances. L’extrême sensibilité de ma zone génitale me rendait méfiante envers tous les habits moulants de ma garde-robe et encore plus les pantalons. Je ne voyais que mon confort et mon bien-être n’était possible qu’en jupe. Déjà que j’avais mal, je n’allais pas en rajouter en me saucissonnant dans un pantalon.


Ca a duré le temps de mon arrêt de travail. J’étais chez moi, mes jambes nues me donnaient l’impression d’être en été, au bord de la mer.


Lorsque j’ai repris mon travail, j’ai voulu remettre des pantalons, comme à mon habitude, d’autant que la douleur et même les tiraillements n’étaient plus que de vagues souvenirs et que les picotements qui me restaient ne me gênaient plus.


Seulement, j’ai imaginé les ravages que pourraient causer le frottement de l’entrejambe de mes pantalons sur mon clitoris en cours de cicatrisation et j’ai frémi.


Alors j’ai dérogé à toutes mes valeurs vestimentaires et j’ai décidé de poursuivre ma cure de jupes.


Debout devant ma penderie, j’ai découvert plusieurs choses.

D’abord, je n’avais pas beaucoup de jupes, à peine une dizaine. Et sur cette dizaine, très peu convenaient à mon environnement professionnel. Moi des jupes, je n’en achetais que pour buller l’été. Je n’ai même pas de tailleur, c’est dire à quel niveau je me situe.


Je passe sur le constat humiliant du nombre conséquent de jupes qui ne m’allaient plus. Vu que je ne les portais que rarement, et encore l’été, je ne me rendais évidemment pas compte qu’elles rétrécissaient (ma théorie est qu’une jupe qu’on ne porte pas est une jupe malheureuse. Et tout le monde sait qu’une jupe malheureuse rétrécit).


J’ai dû faire appel aux quelques robes de ville que je possède pour étoffer la pile des jupes mettables et pour ne pas porter la même chose tous les 3 jours.


Ensuite, j’ai réalisé à quel point il était dur de perdre mes automatismes. Combien de fois ai-je ouvert sereinement mon placard de gauche et saisi un pantalon en chantonnant avant de réaliser que ça n’allait pas être possible ? Combien de fois ai-je perdu le fil de mes idées devant mon placard de droite, toute troublée de n’y voir aucun pantalon ?


Très honnêtement, j’ai lutté pour me défaire de ce que j’ignorais être une addiction jusqu’à ce que je me trouve confrontée à cette nécessité de snober, pour un temps, mes pantalons adorés. Ca n’a pas été simple.


En plus, il a fallu que je revoie ma stratégie d’épilation puisque je ne pouvais plus cacher mes jambes.


Je bénis le hasard qui a fait que mon opération a eu lieu au printemps et non pas en hiver. Ainsi, je peux faire l’impasse sur les collants, bas et consort (d’autant que je suis épilée en permanence). Je ne sais pas pourquoi, ou plutôt si, je sais pourquoi, mes collants ne survivent pratiquement jamais à une rencontre malencontreuse avec mes ongles. Si je me faisais des manucures un peu plus souvent aussi, mes ongles seraient moins déchiquetés et mes collants auraient la paix.


Mais bon, c’est l’été alors pas de collants. Même si parfois, par grand vent ou par temps de pluie, j’ai froid, voire très froid. Ce n’est pas trop grave car, voyez-vous, j’habite à Paris. Ce qui implique que le temps que je passe à l’air libre est plus que limité (vive les transports en commun). Alors je serre les dents, mon pull et mes jambes et je hâte le pas. Et le froid est supportable.


En plus, il y a ces regards flatteurs. Je n’avais jamais réalisé à quel point on pouvait avoir du succès en jupe. Même avec des cernes, plein de boutons (vive le printemps) et même pas de décolleté. C’est plutôt agréable, je dois dire.


Mon chéri approuvant très lourdement ma décision de porter des jupes, j’envisage d’en acheter un paquet pendant les soldes.


Mon Dieu, je ne me reconnais plus.


C’est fou l'effet que me ça me fait. Parce que forcément, ça adoucit de porter une jupe. En tout cas, ça a un effet drôlement calmant sur moi. Je n’étais pas masculine au départ, loin s'en faut même, mais à la vitesse à laquelle je m’habitue aux jupes, je vais me transformer en femme fatale sans avoir eu le temps de dire ouf. Si ça se trouve, je vais bientôt me passionner pour les chaussures à talons.


Mon Dieu!


Enfin bon, ce qu’il faut retenir de tout ça, c’est que ce n’est pas si difficile de porter des jupes, finalement.

Toutefois, le naturel revenant au galop, même si on l’envoie paître, j’ai essayé mon jean le plus large hier soir. Juste histoire de faire un point sur mes possibilités vestimentaires.


Ca a fort bien commencé. Je suis arrivée à fermer les boutons et à faire plusieurs pas sans aucun problème.


Ce n’est qu’en m’asseyant que je me suis rendue compte que je n’étais pas près de remettre mes jeans chéris. Ils ne sont toujours pas du tout bien vécus par ma zone en convalescence. Qui s’est empressée de protester par un douloureux inconfort. Après ça, même debout, le charme était rompu. J’avais envie de tirer sur l’entre-jambe de mon jean et même de le tenir comme ça en permanence, entre deux doigts. Malheureusement, ce n’est pas classe du tout et en plus, ça occupe une main à plein temps.


Je suis donc sagement retournée à mes jupes.


Je vais patienter encore un peu, en espérant que je ne vais pas attraper une bronchite, une laryngite ou je ne sais quoi, à me promener comme ça, les jambes nues alors qu’il ne fait même pas 20 degrés…

mercredi 6 juin 2007

Visite de contrôle

Lors de sa visite éclair le lendemain de l’opération, le docteur Foldès m’avait indiqué qu’il fallait que je revienne le voir dans les 2 à 3 semaines suivantes. Il suffisait d’appeler le secrétariat de sa consultation pour savoir quand il était là et de se présenter, sans rendez-vous.

Lundi matin, j’ai donc appelé la clinique Louis XIV. Sa secrétaire m’a annoncé que, cette semaine, le docteur Foldès consultait lundi après-midi et mardi après-midi à partir de 14h.

Je n’avais pas du tout envie d’y aller. Tellement pas qu’au lieu de me précipiter dès le lundi après-midi, j’ai décidé de n’y aller que le mardi. Le mardi après-midi, je suis arrivée pile à l’heure et non pas au moins une demi-heure à l’avance comme j’en avais l’habitude.

En allant vers la clinique, j’essayais d’analyser ma réticence. Déjà, il y avait le fait que le docteur Foldès m’impressionne beaucoup. Et puis il y avait aussi cette autre composante que je n’arrivais pas à formuler. Tout ce que j’en saisissais, c’était que je n’avais aucune envie de rencontrer d’autres patientes du docteur Foldès.

Quand je suis entrée dans la clinique, j’ai croisé le regard d’une femme assise à la place à laquelle j’avais attendu qu’on vienne me chercher le jour de mon admission, la veille de l’opération.

Elle était noire. Et je n’ai pas pu m’empêcher de penser qu’elle était sûrement venue se faire opérer par le docteur Foldès.

Chassant cette pensée, je montais les quelques marches qui conduisaient au secrétariat des chirurgiens.

Et là, bingo, je tombe sur le docteur Iceberg. Toujours aussi expressif qu’une porte de prison, il ne m’a pas reconnue. C’est à peu près à ce moment-là qu’une boule est apparue dans ma gorge et que mon moral a commencé à vaciller sérieusement.

La secrétaire du docteur Foldès a noté mon nom dans la marge de son cahier. Du coup, je n’avais aucune idée du temps que j’aurais à attendre.

Je pensais que je serais prioritaire mais, une fois installée dans la salle d’attente bondée et étouffante, j’ai aperçu le chirurgien qui parlait à sa secrétaire. J’ai senti tout mon corps se crisper et j’ai été drôlement soulagée de l’entendre appeler un homme âgé. Finalement, je préférais passer après tous ceux qui avaient rendez-vous.

Le docteur Foldès est urologue à la base. Ça m’est revenu à l’esprit quand, par deux ou trois fois, il est venu chercher un homme dans la salle d’attente.

Pendant ce temps, la salle d’attente ne désemplissait pas, bien au contraire. Il n'y avait plus une seule chaise libre et les nouveaux arrivants se pressaient debout, le long des cabines isolant les secrétaires des chirurgiens de la salle d’attente.

En voyant apparaître des femmes noires, j’ai de nouveau immédiatement pensé qu’elles étaient des patientes du docteur Foldès. Ce qui m’a été confirmé par leur passage devant la secrétaire du chirurgien.

Une jeune femme d’à peu près 25 ans, la tête enturbannée est arrivée la première, suivie de très près par une femme d’une cinquantaine d’années. Puis une très jeune fille (elle avait l’air à peine majeure) est entrée d’un pas énergique dans la salle d’attente. Quelques minutes plus tard, une autre femme d’une vingtaine d’années est arrivée, accompagnée d’une femme qui pouvait être sa sœur ou sa copine.

Ces femmes ont sans doute été excisées elles aussi. Et elles aussi venaient sans doute faire réparer leur sexe mutilé.

Je les étudiais pour savoir à quelle étape de la longue démarche de reconstruction elles en étaient. Les dernières arrivées portaient des jeans slims et croisaient les jambes. Les deux premières portaient elles des vêtements amples mais avaient une démarche alerte. J’en ai donc déduit que soit c’était leur première consultation, soit cela faisait plus de 6 semaines qu’elles avaient été opérées et elles venaient pour un contrôle.

La boule dans ma gorge grossissait, mon moral sombrait. Je me sentais vulnérable et triste. Pour moi, pour elles. Chaque femme noire présente était vraisemblablement une femme excisée. Je trouvais ça affligeant.

Nous n’étions pas des patientes comme les autres dans cette salle d’attente. A la différence des autres, venus combattre un coup du sort, nous étions là pour réparer une abomination qui nous a été infligée par la main ou par la volonté d’un des nôtres, d’un membre de notre famille.

Et on se tapait toutes ces démarches, ces allers-retours à Saint-Germain-en-Laye, ces tiraillements, cette peur, ces angoisses, pour raccommoder notre dignité saccagée sans notre consentement.

Purée, ça m’indignait à tel point que la boule dans ma gorge a doublé de volume et que mon moral a chuté vers les abîmes de la déprime. J’avais envie de pleurer.

A ce moment-là, j’ai pensé que je voudrais bien que mes parents me demandent pardon un jour.

Perdue dans ces noires idées, j’ai à peine entendu le docteur Foldès m’appeler et je n’ai pas eu le temps d’avoir peur.

Dans son cabinet, le docteur Foldès m’a souri, ce qui m’a mis un peu de baume au cœur. Il m’a demandé quand j’avais été opérée. Il ne se souvenait pas de moi et ça m’a curieusement soulagée. J’avais très envie d’être une anonyme banale venue se faire examiner, pas une victime d’excision. Je n’étais plus une femme excisée. C’était fini.

Sur son bureau, il y avait une fiche d’information concernant une jeune femme malienne née en 1988 et excisée à l’âge de 5 ans. Ça a plombé mon moral déjà pas bien vaillant.

Il m’a demandé de monter sur sa table d’examen et de plier les jambes. Puis il a procédé à un examen rapide. « Superbe ! C’est parfait ! » a-t-il dit. Ça m’a fait plaisir, je me sentais toute fière. « Ça cicatrise bien, autant les petites lèvres que le clitoris. C’est très bien ».

Il a ajouté que c’était normal qu’il y ait un trou devant (mais quel trou au juste ? Je sens qu’il va falloir que j’explore de nouveau avec mon miroir, je ne voyais absolument pas de quoi il me parlait, là) et que ça coule encore un peu.

Il m’a recommandé de continuer à nettoyer 3 ou 4 fois par jour toute ma zone génitale avec de la Bétadine très diluée.

Puis il m’a expliqué que cette visite était une visite de contrôle, juste pour vérifier que tout allait bien. Et là, tout allait bien.

Il m’a ensuite dit qu’il fallait qu’il me revoie d’ici 3 à 5 semaines. Cette consultation serait très importante, essentielle même, car il me prescrirait alors un autre traitement.

Il m’a souri encore et mon moral a repris du poil de la bête. J’étais même assez contente et rassurée. Finalement, toutes ces galères valaient le coup…

J’ai pris rendez-vous pour le 4 juillet avant de partir.

En repartant vers la gare RER, j’étais partagée entre la joie de savoir que ma cicatrisation se passait bien et une flambée de colère contre cette mutilation.

Purée, je VEUX que mes parents me demandent pardon.

J’ai besoin que quelqu'un me demande pardon pour le mal qu’on m’a fait...

lundi 4 juin 2007

Appropriation

C’est étrange, je n’avais pas vraiment pensé, avant l’opération, au fait que mon sexe aurait un aspect nouveau. A un certain moment, j’avais même perdu de vue que mon clitoris reprendrait sa place entre mes grandes lèvres. Je n’y avais pas réfléchi.

Et aujourd’hui, face à mon clitoris retrouvé, j’avoue que je me sens troublée.

Depuis l’opération, je le nettoie délicatement avec des compresses trempées dans la Bétadine diluée, je l’observe discrètement pendant ces toilettes intimes, je suis attentive à ses réactions lorsque je l’asperge d’eau, je surveille l’évolution de son aspect, je guette ses manifestations en marchant, en m’asseyant ou en m’allongeant. Pourtant, il m’intimide.

L’opération de reconstruction du clitoris n’est pas une greffe. Je le sais bien, mais, dans mon esprit, ça y ressemble fort.

Lorsque j’évoquais mon opération en thérapie, je disais souvent : « je vais avoir un clitoris ». Et ma psy me corrigeait : « Non, pas UN clitoris, MON clitoris ». De la même manière, lorsque j’affirmais que « je n’avais pas de clitoris », elle me disait que cette phrase aurait été juste si j’étais née sans clitoris. Or, j’en ai un. Il a été coupé, mais j’en ai un.

Seulement voilà, ça fait 27 ans qu’il m’a été enlevé et je ne me souviens pas du tout de ce que ça fait d’avoir un clitoris. C’est vraiment comme si on m’avait greffé un nouvel organe.

Pour le moment, très honnêtement, je ne le sens pas vraiment. Par là, je veux dire que je ne sens que très rarement et très fugitivement que la topographie de ma zone génitale a changé.

Je trouve d’ailleurs très significatif que lorsque je marche et que je sens mon clitoris, j’ai une sorte de réflexe qui me fait légèrement écarter les jambes et donc marcher un chouïa comme un canard, ce qui est du dernier chic.

L’autre jour, pour la première fois, j’ai osé explorer les contours de mon clitoris directement avec mes doigts, sans compresse. Je l’ai timidement effleuré, faisant bien attention à ne pas trop l’ennuyer (j’avais peur de ressentir un pincement de douleur ou je ne sais quoi de désagréable, la zone entre mes grandes lèvres étant encore sensible).

Ce que cette exploration m’a appris, c’est que pour l’heure, mon clitoris est en fait maintenu la tête « hors de l’eau » par des points de suture des deux côtés (à l’avant ET à l’arrière des grandes lèvres et non pas seulement à l’avant comme je le pensais avant). Ça m’a rassurée, parce que je le trouve plutôt gros.

La question que je compte poser cette semaine au docteur Foldès, c’est : « Quid de mes petites lèvres ? ». Parce que c’est un peu le fouillis et avec tous ces points de suture, je ne les distingue pas (pourtant, j’ai consacré de longues minutes à investiguer les lieux).

J’ai retrouvé mon clitoris, mais il me reste maintenant à faire sa connaissance, ce qui ne coule pas de source, vu qu'il m'impressionne. Mais bon, je constate quand même qu'une intimité nouvelle s'installe entre nous, à son rythme. Et je trouve ça chouette.

lundi 28 mai 2007

Au détour de la guerre ordinaire...

Ma famille m’appelle drôlement souvent ces derniers temps, je trouve.

Hier soir, surprise: ma sœur au téléphone.

J’ai vraiment été étonnée. Je pensais qu’on ne se parlerait plus avant… au moins 3 mois, eu égard à notre dernière conversation. Comme quoi, la vie est pleine de surprises.

Elle a commencé à me faire une brillante démonstration de l'élasticité des limites du culot en entamant immédiatement, et le plus sereinement du monde, le récit détaillé et très enthousiaste de ses dernières vacances.

Sauf que ces derniers temps, je n’arrive plus à me concentrer sur les longs monologues égocentriques.

Bref, au bout d'une quinzaine de minutes, j’ai commencé à penser à tout autre chose, semant des « hun hun » par-ci par-là lorsqu’elle reprenait son souffle.

Bien évidemment, elle a très vite réalisé que je ne l’écoutais plus. « Mais tu fais quelque chose en même temps ou quoi? Tu ne m’écoutes pas, là! ». Je lui ai répondu que je me posais des questions sur les médicaments que je prenais (« Est-il sûr et certain que je peux arrêter le Brexin au bout de dix jours? Ne vaut-il pas mieux continuer jusqu'à ma prochaine consultation avec le docteur Foldès? Et si je l'appelais pour vérifier *? »).

« Ah. C’est fait alors? » me questionna t’elle (elle n’était pas au courant que mon opération avait eu lieu puisque la seule fois où je lui en ai parlé, en ce funeste dimanche de mortification, la date de l’intervention n’avait pas été évoquée…)

« Oui, mercredi 16 Mai », ai-je répondu.

Silence au bout du fil.

J’ai attendu (chat échaudé craint l’eau froide), puis quand il m’a semblé qu’elle attendait que je lui en dise un peu plus, j’ai prudemment commencé à lui décrire mes malheurs au royaume de la douleur.

C’est là que c’est arrivé. C’est fou ce don qu’a ma sœur pour me couper le sifflet en quelques mots.

« Ne parle pas en français ! Ne parle pas en français ! Parle en mandingue » me dit-elle d’un ton affolé.

« Hein? Pourquoi? Qu’est-ce qui se passe? »

« J’ai les mains prises et j’ai mis le haut-parleur là ! » me dit-elle. Avant d'ajouter, en mandingue : « Il est dans la pièce avec moi, il pourrait entendre ! »

!!!!!!!!

J’en suis restée sans voix. Littéralement.

Son compagnon n’est pas au courant. Il ne sait pas qu’elle a été excisée.

Mon Dieu!

Au moment où je réalisais ce qu'elle venait de dire, une surprenante chape de chagrin et d’anxiété pour elle s’est abattue sur moi.

Mon Dieu!

Mais comment va-t-elle faire? Elle va le lui cacher toute sa vie? A-t-elle le droit de ne rien dire? Est-ce que ça n'est pas néfaste pour son couple?
N’est-ce pas trop tard pour lui en parler de toute façon? Je veux dire, ça fait plusieurs années qu’ils sont ensembles et deux ans qu’ils vivent ensemble... Alors si elle décidait de le lui dire maintenant, ne lui en voudrait-il pas de le lui avoir caché pendant toutes ces années?

En même temps, ça me va bien de crier à la catastrophe alors que je n’ai pas eu à me poser ces questions. En vérité, je ne sais pas si c'est grave et s'il y a lieu de s'affoler.

Parce qu'avant d’être mon amoureux attitré, mon homme était un ami, un très bon ami même. Un ami dans les bras duquel j’avais pleuré à chaudes larmes après cette horrible visite chez le gynécologue qui m’avait dit que mon excision n’était pas grave (« c’est fait, c’est fait, que voulez-vous... » avec ce petit ton de reproche qui m’avait crucifiée) et que bon, ben je n’aurais jamais d’orgasme et qu’il fallait l’accepter (« il y a des femmes qui n’ont jamais d’orgasme de leur vie et vous en faites partie, voilà tout »).

Alors quand nous sommes sortis ensemble, il savait que j’avais été excisée. Et je n’ai pas eu à vivre ce moment, que je suppose très très difficile, de la révélation de son excision à son amoureux.

La conversation a beau s’être terminée sur un chuchotement de sa part (« je te rappelle dans la semaine ») qui m'a laissé penser qu’elle voulait peut-être enfin parler de son excision avec moi, je me sentais accablée.

Mais qu’est-ce qu’elle va faire?

Mince de mince, je suis triste pour ma sœur.

Et je ne sais plus quoi faire de notre hache de guerre.


* je l'ai appelé et il faut bien arrêter le Brexin au bout de dix jours

vendredi 25 mai 2007

Le prix de la vérité

C’est officiel. Je marche normalement depuis aujourd’hui. Je n’ose pas faire de mouvements brusques ni rien d’un peu risqué, mais ma démarche est normale.

J’ai définitivement quitté les limbes du tiraillement permanent. Je peux maintenant parler de contracture ponctuelle.

Mon arrêt maladie se termine aujourd’hui et j’en suis fort contente. Parce que je deviens chèvre, là, à force d’être enfermée.

La solitude me pèse un peu, malgré les coups de fil quotidiens de ma cousine. Ne plus être tendue vers un objectif tel que mon opération me laisse désœuvrée et un peu désorientée…

Le fait de devoir répondre aux questions de mes collègues, voisins, amis et belle-famille me travaille aussi énormément en ce moment. Ils veulent tous savoir pourquoi j’ai été arrêtée pendant dix jours.

A chaque fois, j’hésite quant à la réponse à leur donner.

Leur dire la vérité m’est difficile. Je n’ai pourtant pas honte, c’est désormais pour moi une évidence que je n’ai rien à me reprocher quant à mon excision. Non, c’est autre chose. Mais je ne sais pas précisément quoi.

Peut-être est-ce ce que j’imagine que je verrai dans leur regard qui me freine ?

J’ai peur de ne plus avoir le même statut à leurs yeux. J’ai peur d’être cataloguée VICTIME alors que je suis bien plus que cela. Je ne veux pas être l’incarnation de la « femme qui a été excisée quand elle était petite ». Je ne veux pas être réduite à cela.

Je crois qu’au fond, je ne fais pas beaucoup confiance aux gens puisque je n’arrive pas à me débarrasser de cette crainte.

Pourtant, mentir me répugne. Alors je biaise en fonction des informations qu’ils ont.

J’élude les questions de ceux qui ne savent pas que j’ai été opérée (collègues, voisins), en me contentant de dire que je vais bien mieux et que je reprends mon travail lundi. A ceux qui sont au courant de l’intervention, je parle d’un souci gynécologique. Certains s’arrêtent à cette explication mais d’autres me demandent des détails. Et là, je me sens coincée.

Je n’ai pas envie d’expliquer que mon opération était une reconstruction clitoridienne. Je n’ai plus envie de l’expliquer. Quand je le fais, je ne peux m’empêcher de guetter la réaction de mon interlocuteur. Et trop souvent, cette réaction me déçoit ou m’agace.

Le plus souvent, il ou elle me répond « Ah bon. Ok » et ça s’arrête là. Pas de question, pas même un signe d’émotion, rien du tout. Aucun intérêt. Et je suis déçue, voire blessée.

A l’inverse, une réaction empathique me paraît très vite suspecte, comme dictée par la bienséance. Je ne peux m’empêcher de trouver qu’elle sonne faux.

Dans ces cas-là, on dirait que mon interlocuteur n’a pas entendu la partie de mon discours où j’explique que j’ai cheminé et que mon opération était une reconstruction. Du coup, j’endure toutes sortes de phrases convenues sur la brutalité des hommes en Afrique, sur la nécessité d’enrayer cette pratique abominable. Et ça m’énerve. Grandement même. Parce qu’au final, ces phrases restent très générales et très éloignées de moi et de ce qui m’arrive. Rien que d’y penser, j’ai envie de mordre.

En réalité, je crois qu’aucune réaction ne me convient réellement. Dire ce qui m’arrive en ce moment me coûte beaucoup parce que ça revient à lever le voile sur un sujet très intime, quelque chose qui me tient profondément à cœur. C’est comme un précieux cadeau. Alors forcément, en face, c’est difficile d’être à la hauteur.

Quand j’y pense, c’est peut-être bien un cadeau empoisonné que je fais là…

En même temps, je ne veux pas abîmer mes relations avec eux en manquant d’honnêteté. J’ai la sensation de « devoir » la vérité à certains (comme les membres de ma belle famille ou mes amis proches) sous peine de fausser à jamais nos relations.

Et puis si je ne peux pas leur confier de choses graves, sont-ils vraiment mes amis ? Que peut-on attendre de ceux qu’on considère comme ses amis, au fond ?

Ca m’ennuie d’être braquée ainsi et de ne pas pouvoir juste dire les choses sans me soucier de leur impact sur mon interlocuteur.

Alors, que faire ? Garder le secret ou dire systématiquement la vérité ?

Pour l’heure, je gère au cas par cas. Mais je crois qu’il faut que je travaille sur cette question en thérapie. Vivement lundi.

mardi 22 mai 2007

Analyse de la douleur

Aujourd’hui, je marche presque normalement. Presque. Parce que je me tiens bizarrement quand je suis debout. J’accentue ma cambrure et du coup, bien évidemment, j’ai mal au dos au bout de quelques minutes à la verticale.

La décroissance quotidienne de la douleur a été la bonne surprise de mes réveils depuis vendredi. Je ne peux même plus vraiment parler de douleur, à l’heure où j’écris ces mots. C’est plutôt de tiraillement qu’il s’agit. Du coup, je me suis mise à ignorer mes meilleurs amis les antidouleurs.

Pourtant, contrairement à ce qu’on pourrait croire, ce n’est pas mieux d’être tiraillée que d’avoir mal. Loin de là, même.

Le tiraillement a ceci d’angoissant que j’ai l’impression que quelque chose pourrait céder, causant une hémorragie ou bousillant tout le travail du chirurgien. Alors je suis attentive à mes sensations, je change de position dès que je sens une augmentation de la tension dans la région opérée. Lorsque je m’assieds ou que je m’allonge, il me faut une ou deux minutes pour trouver une posture confortable. Et donc, debout, je me tiens d’une manière qui minimise la contracture tout en me permettant de trouver mon équilibre, au détriment de mon dos.

La douleur et les picotements ont pourtant une utilité: ce sont eux qui me rendent assidue dans les soins que je dois me prodiguer. En effet, je dois faire une toilette intime 4 fois par jour avec des compresses stériles trempées dans de la Bétadine rouge diluée. Et il faut que je rince abondamment. Ce qui revient à utiliser mon pommeau de douche. Et donc à prendre une demi-douche à chaque fois. Quatre fois par jour. Au réveil (bon, là, ce n’est pas trop contraignant, c’est vrai, puisque je prends une douche complète de toute façon), vers 14h, puis vers 19h et enfin, avant d’aller me coucher. C’est chiant, je le dis tout net. Alors, heureusement qu’il y a eu cette douleur, et qu’il y a maintenant ces tiraillements. Si je n’avais rien senti du tout, ça aurait été très dur de ne pas faire sauter quelques-uns des soins.

Le clitoris est un organe très long (11 cm à peu près) dont seul un petit centimètre se trouve à l’extérieur du corps. L’excision consiste à couper ce bout qui dépasse, en ravageant souvent les petites lèvres au passage.

Pour effectuer la réparation, le chirurgien a donc ôté la cicatrice résultante de mon excision, puis il a incisé et dégagé mon clitoris. Il a reconstitué un gland clitoridien au bout, qu’il a ensuite repositionné afin de le faire dépasser. Pour que le clitoris ne reprenne pas sa position antérieure (qu’il ne « rentre » pas de nouveau), il a « calé » et suturé avec du fil résorbable l’avant des grandes lèvres pour qu’elles le maintiennent comme il l’a placé*.

Dans mon cas, il a aussi injecté un produit dans les petites lèvres, afin qu’elles reprennent leur aspect normal.

D’où les tiraillements et la douleur. Toute ma zone génitale est gonflée, tendue et sensible. J’ai aussi quelques pertes rosâtres (rien à voir avec l’hémorragie que j’avais imaginée lorsque j’ai vu les serviettes hygiéniques géantes de la clinique mardi soir, ni avec des règles non plus) mais le flux est très peu abondant.

Lors de mes toilettes intimes quotidiennes, j’utilise un petit miroir pour voir comment les choses évoluent. Avant-hier, pour la première fois, j’ai aperçu un petit bouton rose entre mes grandes lèvres. Mon clitoris. Ce petit bout de chair, c’était mon clitoris !

La vache ! J’en suis restée bouche bée.

J’étais tellement obnubilée par la douleur, depuis ma sortie de la clinique, que j’avais complètement mis de côté une partie de la réalité : J’AI RETROUVE MON CLITORIS ! Pour de bon !

La vache, la vache, la vache, c’est géniaaaaaal!!

Alors c’est sûr, je ne le sens pas du tout pour le moment. Il va me falloir attendre que la douleur, les picotements et les tiraillements plient bagage pour de bon. Ce qui devrait se faire d’ici mercredi prochain au plus tard. A ce moment-là, je crois que je percevrai sa présence (et ça va sûrement être trèèèès bizarre de sentir que j’ai un organe en plus). Pour ce qui est de sa sensibilité propre, de le « sentir de l’intérieur », ça devrait survenir après les 6 semaines de cicatrisation.

Encore que je ne sais pas trop à quoi m’attendre pour ce qui est de la cicatrisation de mes petites lèvres…

Je ne suis pas pressée de savoir ce que je vais ressentir. Pour l’heure, mon urgence, ce que j’attends avec impatience, c’est le moment où je n’aurai plus aucune sensation désagréable.

Je comprends parfaitement, maintenant, ce que cette femme a voulu dire lorsqu’elle a déclaré « se sentir toujours excisée dans sa tête, malgré l’opération ». Pour le moment, je n’ai pas l’impression que quoi que ce soit ait changé dans mon corps, il y a ces désagréments qui m’empêchent de le sentir et donc de réaliser. Et il n’y a pas encore de changements notables dans ma tête. Elle a bien enregistré la théorie de ce qui est arrivée la semaine dernière, elle sait que mon corps est reconstruit, mais ça reste encore abstrait.

Je patiente, je patiente, je sais bien que ça viendra…



*sources :

- Victoire sur l’Excision, Pierre Foldès, le chirurgien qui redonne l’espoir aux femmes mutilées, l’excellent livre d’Hubert Prolongeau (Editions Albin Michel)

- Urofrance, le site de l’urologie française

- Excision - On peut soigner les femmes victimes d’excision - Doctissimo


lundi 21 mai 2007

De l'autre côté du miracle

Quand j’ai ouvert les yeux, j’étais dans un lit, dans une autre pièce. Et j’avais horriblement mal. J’ai pleuré en répétant « J’ai mal » et l’infirmière, qui, deux minutes avant m’avait affirmé que « non, je n’avais pas mal » (quand j’y repense, je suis à nouveau toute énervée), m’a mis une perfusion pour atténuer la douleur.

Je crois que l’opération a duré une vingtaine de minutes et mon anesthésie une heure à peu près.

Je ne me souviens pas bien du trajet jusqu’à ma chambre, j’étais comme dans du coton. Ma voisine de chambre n’était pas là. Je ne me rappelle pas son retour. Je somnolais, je me sentais très fatiguée, j’avais mal…

Je me souviens toutefois de ma voisine qui exigeait quelque chose à manger et des explications des infirmières (il faut attendre plusieurs heures avant de manger, le temps que l’anesthésie générale s’estompe totalement, sous peine de s’étouffer en avalant de travers). Et je me rappelle aussi qu’une infirmière a pris ma tension 3 ou 4 fois dans la journée.

Le premier de mon entourage à se manifester fut mon homme. Il est venu me voir vers 16 heures, juste au moment où on nous apportait le goûter (compote de pommes, deux petits beurres et une madeleine). J’ai été si contente de le voir que j’en aurais pleuré quand il est parti.

Ensuite j’ai reçu des coups de téléphone. De mon meilleur ami d’abord. De ma cousine ensuite. Puis de ma mère. Je lui avais donné le numéro de la clinique mais je ne pensais pas qu’elle m’appellerait.

Je n’arrive toujours pas à savoir exactement ce que j’ai ressenti en l’entendant, mais il y avait une pointe de soulagement, en tout cas, et aussi de la joie. Elle m’a posé plein de questions, comment ça s’était passé, comment je me sentais, est-ce que j’avais mal, quand est-ce que je sortirais, etc… Elle m’a recommandé de bien me faire expliquer la marche à suivre une fois que je serais rentrée à la maison. Ça m’a vraiment fait plaisir que ma mère s’intéresse comme ça à moi, ça m’a touchée. C’était plutôt nouveau pour moi.

Ma mère m’a ensuite passé mon père, qui venait de rentrer. Il avait toujours ce ton distant, gêné. Il ne m’a pas beaucoup parlé, juste demandé si ça allait, je crois. Là encore, je ne me souviens pas bien des mots que nous avons échangés. Je n’avais pas envie de lui parler, je lui en voulais de son ton, de cette distance que je sentais, de cette rigidité.

Dire que j’avais peur qu’il m’engueule, je trouve sa quasi indifférence pire, finalement. Je suis déçue quand je pense à mon père. Déçue et en colère.

La nuit fut difficile, j’ai mis beaucoup de temps à m’endormir, contrairement à ma voisine de chambre. J’avais mal, malgré les cachets antidouleurs qu’une infirmière est venue m’apporter. J’avais envie de faire pipi mais je n’osais pas, j’avais peur d’avoir encore plus mal. Et puis il y avait cette serviette hygiénique géante qui me gênait aussi.

Le lendemain matin, j’étais à nouveau très impatiente. J’avais envie de rentrer chez moi. Vite. Une infirmière est passée nous prévenir que le docteur Foldès allait venir nous voir et qu’il fallait attendre de l’avoir vu avant de quitter la clinique.

En l’attendant, j’ai un peu bavardé avec ma voisine de chambre. Elle a 36 ans et 4 enfants d’un premier mariage malheureux. L’opération, dans son cas, c’était parce qu’elle se sent frustrée, sexuellement. Et aussi parce qu’elle a peur que son second mari la quitte si elle n’est pas plus « enjouée » au lit. Elle m’a dit qu’à chacun de ses accouchements ou à chaque fois qu’elle a eu l’occasion de voir un gynécologue, elle a demandé, en vain, s’il était possible de faire quelque chose pour elle et son absence totale de plaisir. Elle avait entendu parler du docteur Foldès à la télévision et avait appelé dès le lendemain pour prendre rendez-vous.

Le docteur est passé en coup de vent. Il nous a remis, à ma voisine et à moi, une ordonnance et une fiche intitulée « Suites immédiates de la chirurgie réparatrice du clitoris ». Puis il m’a fait un arrêt de travail jusqu’au vendredi 25 Mai. Il nous a ensuite expliqué très vite les soins à faire puis est reparti. Je n’ai pas eu le temps d’écrire ce qu’il m’a dit, je n’ai pas eu le temps de lui dire que j’avais plus mal du côté gauche de mon sexe que du côté droit, je n’ai pas eu le temps de lui demander si c’était normal.

Avant de partir, il nous a dit d’appeler dans 3 semaines pour savoir quel jour il consulte et de nous présenter, sans rendez-vous, un jour où il serait là.

Quelques minutes plus tard, suite à un appel de l’accueil de la clinique, je suis descendue (à une allure de tortue, ça faisait assez mal, quand même) régler le dépassement d’honoraire de 300 euros du chirurgien et les 9 euros que m’ont coûté le téléphone et la télévision.

Mon homme est arrivé au moment où la jeune femme de l’accueil me remettait un bordereau de signature patient / assuré et un bordereau d’hospitalisation en trois exemplaires chacun (un pour moi, un pour la sécurité sociale et un pour la mutuelle).

J’étais d’excellente humeur, je gazouillais dans l’escalier avec mon chéri, en remontant chercher mon sac. Je ne pouvais pas m’empêcher de sourire, tellement j’étais heureuse. J’avais envie d’étreindre tout le monde. Pourtant, l’ambiance était étrange. La clinique était très calme en ce jeudi férié, j’avais l’impression qu’il n’y avait personne à part la jeune femme qui tenait l’accueil et les patientes du docteur Foldès qui circulaient dans le couloir (je les ai reconnues à leur démarche, si semblable à la mienne).

J’en ai croisée une dans l’escalier en redescendant. Je lui ai souri mais elle avait un air lugubre que je n’ai pas compris. La vie était si belle, comment était-ce possible d’être triste ?

Mon homme m’a emmenée à la pharmacie dès notre arrivée à Paris. J’ai acheté :

- du Brexin (1 comprimé à prendre chaque matin pendant 10 jours)

- du Di antalvic (2 à 4 comprimés par jour en cas de douleurs)

- Un flacon de Bétadine rouge et un paquet de cent compresses stériles (je dois faire ma toilette intime 4 fois par jour avec de la Bétadine diluée et des compresses et rincer abondamment ensuite)

- Un paquet de serviettes hygiéniques en coton tout doux

Puis il m’a emmenée dévorer une énorme entrecôte. Avec plein de frites. Pour me faire oublier la nourriture déprimante et plutôt légère au niveau des portions de la clinique.

Quand j’ai rallumé mon portable, j’avais un message de ma mère qui voulait savoir si j’étais bien rentrée et qui me répétait qu’elle était à 100% avec moi. Je l’ai rappelée, j’étais toute contente de bavarder avec elle. Je lui ai parlé de ma voisine de chambre, de la délicieuse entrecôte que je venais de manger, de mes soins… Avant de raccrocher, elle a remercié mon homme de s’occuper si bien de moi. Ça m’a fait très plaisir de la sentir si présente. C’était agréable. Je me sentais apaisée en raccrochant.

J’ai aussi appelé ma cousine. J’avais quand même eu le temps de demander au docteur Foldès comment devaient procéder les femmes habitant à l’étranger pour bénéficier de l’opération. En réalité, c’est plutôt simple : il suffit d’avoir une assurance qui fonctionne à l’étranger et qui prendra en charge les frais d’opération. Elle doit donc venir se faire examiner par le docteur Foldès qui lui établira un devis à remettre à son assurance. Dès que cette dernière aura donné son accord, elle pourra prendre rendez-vous pour se faire opérer.

Ma cousine était ravie. Et moi aussi.

Voilà comment se sont passées ces journées si essentielles. Je suis contente d’en avoir couché le détail ici. Pour moi, pour d'autres femmes excisées, pour mes enfants plus tard, pour tout le monde, en fait. Oui, je suis contente. Même si j’ai trouvé l’exercice curieusement difficile…