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mardi 22 mai 2007

Analyse de la douleur

Aujourd’hui, je marche presque normalement. Presque. Parce que je me tiens bizarrement quand je suis debout. J’accentue ma cambrure et du coup, bien évidemment, j’ai mal au dos au bout de quelques minutes à la verticale.

La décroissance quotidienne de la douleur a été la bonne surprise de mes réveils depuis vendredi. Je ne peux même plus vraiment parler de douleur, à l’heure où j’écris ces mots. C’est plutôt de tiraillement qu’il s’agit. Du coup, je me suis mise à ignorer mes meilleurs amis les antidouleurs.

Pourtant, contrairement à ce qu’on pourrait croire, ce n’est pas mieux d’être tiraillée que d’avoir mal. Loin de là, même.

Le tiraillement a ceci d’angoissant que j’ai l’impression que quelque chose pourrait céder, causant une hémorragie ou bousillant tout le travail du chirurgien. Alors je suis attentive à mes sensations, je change de position dès que je sens une augmentation de la tension dans la région opérée. Lorsque je m’assieds ou que je m’allonge, il me faut une ou deux minutes pour trouver une posture confortable. Et donc, debout, je me tiens d’une manière qui minimise la contracture tout en me permettant de trouver mon équilibre, au détriment de mon dos.

La douleur et les picotements ont pourtant une utilité: ce sont eux qui me rendent assidue dans les soins que je dois me prodiguer. En effet, je dois faire une toilette intime 4 fois par jour avec des compresses stériles trempées dans de la Bétadine rouge diluée. Et il faut que je rince abondamment. Ce qui revient à utiliser mon pommeau de douche. Et donc à prendre une demi-douche à chaque fois. Quatre fois par jour. Au réveil (bon, là, ce n’est pas trop contraignant, c’est vrai, puisque je prends une douche complète de toute façon), vers 14h, puis vers 19h et enfin, avant d’aller me coucher. C’est chiant, je le dis tout net. Alors, heureusement qu’il y a eu cette douleur, et qu’il y a maintenant ces tiraillements. Si je n’avais rien senti du tout, ça aurait été très dur de ne pas faire sauter quelques-uns des soins.

Le clitoris est un organe très long (11 cm à peu près) dont seul un petit centimètre se trouve à l’extérieur du corps. L’excision consiste à couper ce bout qui dépasse, en ravageant souvent les petites lèvres au passage.

Pour effectuer la réparation, le chirurgien a donc ôté la cicatrice résultante de mon excision, puis il a incisé et dégagé mon clitoris. Il a reconstitué un gland clitoridien au bout, qu’il a ensuite repositionné afin de le faire dépasser. Pour que le clitoris ne reprenne pas sa position antérieure (qu’il ne « rentre » pas de nouveau), il a « calé » et suturé avec du fil résorbable l’avant des grandes lèvres pour qu’elles le maintiennent comme il l’a placé*.

Dans mon cas, il a aussi injecté un produit dans les petites lèvres, afin qu’elles reprennent leur aspect normal.

D’où les tiraillements et la douleur. Toute ma zone génitale est gonflée, tendue et sensible. J’ai aussi quelques pertes rosâtres (rien à voir avec l’hémorragie que j’avais imaginée lorsque j’ai vu les serviettes hygiéniques géantes de la clinique mardi soir, ni avec des règles non plus) mais le flux est très peu abondant.

Lors de mes toilettes intimes quotidiennes, j’utilise un petit miroir pour voir comment les choses évoluent. Avant-hier, pour la première fois, j’ai aperçu un petit bouton rose entre mes grandes lèvres. Mon clitoris. Ce petit bout de chair, c’était mon clitoris !

La vache ! J’en suis restée bouche bée.

J’étais tellement obnubilée par la douleur, depuis ma sortie de la clinique, que j’avais complètement mis de côté une partie de la réalité : J’AI RETROUVE MON CLITORIS ! Pour de bon !

La vache, la vache, la vache, c’est géniaaaaaal!!

Alors c’est sûr, je ne le sens pas du tout pour le moment. Il va me falloir attendre que la douleur, les picotements et les tiraillements plient bagage pour de bon. Ce qui devrait se faire d’ici mercredi prochain au plus tard. A ce moment-là, je crois que je percevrai sa présence (et ça va sûrement être trèèèès bizarre de sentir que j’ai un organe en plus). Pour ce qui est de sa sensibilité propre, de le « sentir de l’intérieur », ça devrait survenir après les 6 semaines de cicatrisation.

Encore que je ne sais pas trop à quoi m’attendre pour ce qui est de la cicatrisation de mes petites lèvres…

Je ne suis pas pressée de savoir ce que je vais ressentir. Pour l’heure, mon urgence, ce que j’attends avec impatience, c’est le moment où je n’aurai plus aucune sensation désagréable.

Je comprends parfaitement, maintenant, ce que cette femme a voulu dire lorsqu’elle a déclaré « se sentir toujours excisée dans sa tête, malgré l’opération ». Pour le moment, je n’ai pas l’impression que quoi que ce soit ait changé dans mon corps, il y a ces désagréments qui m’empêchent de le sentir et donc de réaliser. Et il n’y a pas encore de changements notables dans ma tête. Elle a bien enregistré la théorie de ce qui est arrivée la semaine dernière, elle sait que mon corps est reconstruit, mais ça reste encore abstrait.

Je patiente, je patiente, je sais bien que ça viendra…



*sources :

- Victoire sur l’Excision, Pierre Foldès, le chirurgien qui redonne l’espoir aux femmes mutilées, l’excellent livre d’Hubert Prolongeau (Editions Albin Michel)

- Urofrance, le site de l’urologie française

- Excision - On peut soigner les femmes victimes d’excision - Doctissimo