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jeudi 5 juillet 2007

Hip hip hip!

Il pleuvait très fort mardi après-midi lorsque j’ai quitté Paris pour me rendre à ma seconde consultation postopératoire à la clinique Louis XIV. J’avais les pieds trempés et pourtant, j’étais d’humeur sereine. Dans le RER qui m’emmenait vers Saint-Germain-en-Laye, je n’éprouvais rien de particulier.

Pourtant, à l’approche de la gare, une tension irrationnelle m’a saisie. Alors que je cheminais vers la clinique, dans la ville ensoleillée, elle a grandi et a commencé à engourdir mes jambes.

Comme j’étais arrivée en avance, je me suis arrêtée dans un café, le même que celui où j’avais attendu l’heure de ma première consultation. La tension qui m’étreignait s’est alors muée en peur diffuse.

Ce qui me travaillait le plus, c’était l’idée que ma cicatrisation était peut-être trop lente et qu’il allait peut-être falloir que je revienne à Saint-Germain-en-Laye. Je n’avais pas envie de revenir. Pas avant longtemps, en tout cas.

Il y avait très peu de personnes dans la salle d’attente. Peu de personnes et pas de femmes noires. J’en ai été surprise mais je n’ai pas eu le temps de m’interroger car, à peine assise, j’ai aperçu le docteur Foldès qui se dirigeait vers sa secrétaire. Et curieusement, je n’ai pas été aussi saisie et troublée de le voir que les fois précédentes.

Je n’ai pratiquement pas attendu. Quittant le bureau de sa secrétaire, il est entré dans la salle d’attente et m’a appelée. C’est à ce moment-là que j’ai remarqué que ma peur avait reflué.

Dans son bureau, il a commencé par plaisanter sur ma guitare (j’avais un cours un peu plus tard dans la journée et je l’avais donc trimballée jusqu’à la clinique). Il était souriant et semblait d’excellente humeur.

Il a commencé par me demander à quelle date j’avais été opérée.

Il était en train de compulser un dossier multicolore portant mon nom quand un coup de fil l’a interrompu. Apparemment il s’agissait d’une femme qui voulait convenir d’une date d’opération. Il tournait les pages de son agenda et j’ai pu y voir que tous ses mercredis et vendredis étaient remplis de noms à consonance africain, entourés à l’encre bleue claire. Peut-être étaient-ce là les noms des femmes qu’il allait opérer ?

Après avoir tourné quelques pages, il a demandé à son interlocutrice de le recontacter à la fin du mois de juillet. Puis il a raccroché et m’a indiqué le fond de la pièce, où trônait sa table d’examen.

En se levant, il m’a demandé si ça coulait toujours. « Presque plus » lui ai-je répondu. « C’est normal. Ça ne va bientôt plus couler du tout » m’a-t-il assuré.

Après un rapide examen, il s’est extasié : « Parfait! Vous avez un magnifique clitoris! Bonne place, bonne taille et belle couleur. Il est par-fait ! Vous êtes contente ? ». « Oh que oui » ai-je répondu, toute fière. En vérité, j’étais plus que contente. Je me sentais à la fois ravie et drôlement soulagée que tout aille si bien.

« Vous n’êtes désormais plus une femme excisée ». Elle m’a fait monter les larmes aux yeux, cette phrase. Je considérais que je n’étais plus excisée depuis ma sortie de la salle d’opération mais l’entendre, là, de sa bouche à lui, ça m’a vraiment touchée. C’est comme s’il me libérait de quelque chose. Comme s’il m’absolvait.

Il m’a expliqué que la première partie de ma cicatrisation, la plus difficile, était terminée. J’allais maintenant aborder la seconde partie, celle qui rendrait sa sensibilité à mon clitoris.

Cette deuxième partie, m’a-t-il précisé, était au moins aussi importante que l’opération elle-même.

Et les bonnes nouvelles ont commencé à affluer.

Déjà, finies les toilettes à la Bétadine quatre fois par jour.

Youpiiiiiiiiiiiii!

Adieu, sac de nomade! Adieu, compresses stériles! Adieu, pissette! Notre histoire s’arrête là! Je suis libérée de vous!!

Désormais, et pendant six semaines, je ne dois faire que deux toilettes intimes par jour, une le matin et une le soir, avec de l’eau et… du savon de Marseille. Il a bien insisté sur le fait de n’utiliser ni gels intimes ni gel douche pour nettoyer mon clitoris et mes petites lèvres. Il m’a dit que le savon de Marseille était le seul nettoyant qui n’agressait pas les parties intimes.

Chaque matin (et uniquement le matin), après ma douche, il me faut appliquer sur mon clitoris et mes petites lèvres une noisette d’une crème appelée JONCTUM. Il n’en faut qu’un tout petit peu pour former une fine pellicule protectrice.

Cette crème miraculeuse va constituer une sorte de pansement, ce qui rendra donc « la zone opérée plus confortable » selon ses termes. En outre, elle va permettre à la peau de se reformer et de recouvrir mon clitoris. Enfin, l’application régulière de la crème va avoir pour effet de rendre sa sensibilité à mon clitoris.

Profitant d’un silence, je lui ai fait part de mon inquiétude à propos de mes petites lèvres que je ne voyais toujours pas. Il m’a expliqué que c’était normal, qu’elles étaient bien là, à la base du clitoris mais que ce dernier, qui n’avait pas encore sa taille définitive (excellente nouvelle, je le trouvais justement encore trop gros), les masquait quelque peu. En plus, elles sont assez petites, le procédé de reconstruction choisi étant de faire des injections dans les chairs qui avaient échappées au couteau de l’exciseuse. Je les verrai donc mieux (enfin si l’on peut dire puisque je n’ai jamais eu l’honneur de les voir) dans quelques jours.

Il a enchaîné en me déclarant qu’il m’avait rendu mon clitoris et que ce dernier m’appartenait. «C’est comme si je vous avais rendu un doigt ou votre nez, il fait partie de vous et, à ce titre, n’appartient qu’à vous». Il m’a expliqué que pour retrouver sa sensibilité, il ne me fallait compter ni sur les hommes ni sur qui que ce soit d’autre. « C’est à vous-même de trouver cette sensibilité en apprivoisant peu à peu votre clitoris».

Il m’a dit que les sensations désagréables que j’éprouvais actuellement en touchant mon clitoris allaient disparaître peu à peu dans les prochaines semaines et qu’il faudrait à peu près six mois avant qu’il soit complètement sensible de nouveau.

Je lui ai demandé quand je pourrais reprendre le sport et il m’a répondu que je le pouvais dès maintenant. Même la natation.

J’ai aussi posé la question pour les relations sexuelles. Et je peux les reprendre également dès maintenant. Il m’a dit que ce ne serait pas forcément agréable au début mais que ça serait déjà bien plus confortable. En plaisantant, il m’a demandé si mon homme était pressé. Quand je lui ai répondu que mon chéri voulait lui aussi attendre son feu vert avant de faire quoi que ce soit, il m’a répondu que c’était tout à son honneur.

Là, il y a eu un silence. Et puis je lui ai dit « Merci, docteur. Merci beaucoup ». Ma voix a vacillé pendant que je parlais. Je voulais lui expliquer précisément pourquoi je le remerciais, lui détailler ce « merci ». Mais rien n’est sorti, j’avais la gorge totalement nouée.

Il a opiné de la tête, silencieux et souriant…

En me raccompagnant à sa porte, il m’a dit, en me serrant la main « Bon maintenant, il s’agit de convaincre d’autres jeunes femmes de venir se faire opérer ! ». Je lui ai alors parlé de mon blog et de son sujet. Il m’a dit que c’était une bonne idée, que de lire le récit de femmes qui entreprennent de se faire opérer pouvait peut-être en inciter d’autres à sauter le pas.

C’est vraiment parce que j’ai pour règle de ne pas gazouiller d’aise en public que je me suis contentée de sourire. Parce qu’il m’a été extrêmement difficile de me retenir de ronronner de contentement, là.

«Vous pouvez écrire sur votre blog que je ne suis que médecin. Je ne peux pas pousser les femmes à subir cette opération. C’est un choix qui leur revient. À elles seules. J’accompagne, j’opère mais cette décision de rejeter cette coutume et de vouloir retrouver son corps leur appartient. Je ne peux pas la prendre à leur place » a-t-il ajouté.

«Bon et bien, on se revoit en décembre pour faire un petit bilan?». C’est sur ces mots et sur mon « Oui, d’accord» un peu étranglé par l’émotion que nous nous sommes quittés, le docteur Foldès et moi.

En allant payer ma consultation à sa secrétaire, j’avais un grand sourire. En m’asseyant en face d’elle pour faire mon chèque de 50 euros, je n’ai pas pu m’empêcher de m’exclamer que j’étais conteeeeeente!

Elle m’a demandé pourquoi et je lui ai expliqué que c’était parce que tout s’était parfaitement bien passé. En souriant, elle m’a dit « Vous en doutiez?»

En sortant, extatique, j’avais envie de faire des bonds de cabri. J’ai appelé mon homme et je l’ai noyé sous ma joie, le pauvre (il n’a d’ailleurs rien compris, il a fallu que je lui réexplique tout une fois rentrée).

Puis, alors que j’approchais de la gare, je me suis souvenue d’une question que je n’avais pas posée au docteur Foldès. Je l’ai rappelé et lui ai dit que, toute à ma joie, j’avais omis de lui parler de mes satanés fils qui ne sont toujours pas tombés. Il m’a répondu que c’était imminent, que ça allait arriver dans les deux prochaines semaines.

Yahouuuuuuuuuuuuuuuuuu !

Dieu que j’étais contente.

J’ai, depuis cette consultation, une impression de légèreté incroyable. Dans ma tête, il y a de la musique entraînante en permanence.

Ca ressemblerait à ça le bonheur, que je ne serais pas étonnée du tout!

dimanche 20 mai 2007

Le jour essentiel

Malgré le calmant que j’avais avalé, j’ai ouvert les yeux très tôt mercredi matin. Je ne sais pas à quelle heure exactement, mais il faisait toujours nuit dehors.

Les yeux ouverts dans le noir, j’essayais d’évaluer l’heure à laquelle j’entrerais en salle d’opération. Une infirmière, à qui j’avais posé la question, m’avait dit qu’on ne le saurait qu’au matin, que le docteur Foldès commençait à opérer à 9h30 et qu’il y avait beaucoup de patientes.

Je me disais qu’étant arrivée la veille, j’allais sans doute passer parmi les premières, ou tout au moins avant celles qui arriveraient le matin.

J’ai été ravie, quand vers 8 heures, une infirmière est venue me dire d’aller prendre ma douche. Elle m’apportait un petit gobelet sur lequel mon nom était écrit au feutre, suivi de la mention « 8h30 ». Dans le gobelet, il y avait un comprimé comme celui que j’avais pris la veille et aussi un gros comprimé effervescent. Elle m’a indiqué qu’il fallait que je les prenne, avec très peu d’eau, à mon retour de la douche, même si « je n’avais pas l’air d’avoir besoin d’un calmant » selon elle.

C’est avec un grand sourire que, toute contente, j’ai quitté la chambre, au moment même où ma voisine arrivait. J’allais sans doute être opérée tôt. Sinon, l’effet des calmants allait finir par s’estomper.

En revenant de la douche, j’ai revêtu le vêtement bleu marine qui m’avait été remis la veille (une sorte de chemise à mettre « à l’envers », avec les fesses à l’air) puis j’ai pris les médicaments et je me suis allongée sur mon lit sans plus me relever, suivant les instructions de l’infirmière. Elle m’avait expliqué que la tête me tournerait un peu après avoir ingéré les cachets et qu’il ne fallait pas prendre le risque de tomber.

Les minutes passaient et mon impatience grandissait. Impatience est vraiment le mot qui caractérise le matin de ce mercredi 16 Mai.

Ma voisine de chambre, en chemise bleue elle aussi, un gobelet sur lequel il était marqué « 9h30 » posé devant elle, m’a souri avec hésitation. Puis elle m’a demandé si j’allais moi aussi me faire opérer « d’en bas ». Quand j’ai acquiescé, elle a commencé à m’expliquer qu’elle n’avait jamais eu de plaisir. Pas une once. Depuis le début de sa vie sexuelle. Je ne savais pas quoi lui répondre. Je n’avais pas envie de lui répondre, en fait. J’avais hâte qu’on vienne me chercher. Elle m’a demandé mon origine, je lui ai demandé son prénom, on s’est souri, puis on s’est tues.

Vers 10h, un jeune homme en pyjama bleu avec une charlotte sur la tête est venu me chercher. J’ai quitté mon lit pour m’installer sur le brancard qu’il avait apporté. Il m’a couverte d’un drap bleu puis m’a emmenée. Il était drôle, il faisait de l’humour dans l’ascenseur métallique qu’on a pris pour rejoindre le bloc, deux étages plus bas.

J’ai attendu quelques minutes dans une sorte d’antichambre, sous une couverture de survie, avec une charlotte sur la tête. Il faisait froid. Et ma joie retombait doucement. J’y étais presque. Je me sentais un peu flottante.

Arrivée dans le bloc 2, je me suis installée sur une drôle de table semblable aux tables d’examen des gynécologues, avec des étriers au bout. Là, les étriers étaient fait pour qu’on y mette les pieds mais aussi pour soutenir les mollets. Correctement placée, j’avais en fait le dos sur la table, les fesses dans le vide, les jambes légèrement repliées et les bras en croix, posés sur des sortes d’accoudoirs.

Une infirmière est venue me fixer un appareil pour mesurer la tension au bras droit. En me couvrant (il faisait vraiment froid), elle m’a regardée et m’a demandé si j’étais inquiète. C’est avec un tout petit filet de voix que j’ai dit « oui », avant de rectifier « en fait, je suis émue, je crois ». « Tout ira bien » m’a-t-elle rapidement répondu avant de quitter la pièce.

Je n’étais pas triste mais j’avais envie de pleurer. Les minutes passaient sur la grosse horloge blanche que je voyais dans le couloir. Je me demandais vaguement si, finalement, le docteur Foldès n’avait pas eu un accident en venant, le matin.

Puis, vers 10h15, Docteur Iceberg est arrivé pour m’anesthésier. « On s’est déjà vus » m’a-t-il dit. « Oui, je me souviens de vous » ai-je répondu. Il m’a posé une perfusion dans le bras gauche, un truc assez sophistiqué avec deux entrées, entouré d’un énorme sparadrap. Il est ensuite sorti discuter avec d’autres personnes dans le couloir.

Pendant ce temps, les larmes me montaient aux yeux, débordaient et commençaient à couler sur mes joues.

L’arrivée du docteur Foldès dans le bloc vers 10h30 a fait bondir mon cœur. Il était là, vivant, souriant, il allait m’opérer. LE moment que j’avais attendu depuis si longtemps était arrivé. C’était donc à ça que ça ressemblait un miracle. Je n’arrivais plus à retenir mes larmes.

« Ah ! Mademoiselle XXX! Alors nous allons réparer le clitoris et aussi… ». Il n’avait pas fini sa phrase, et me regardait, comme pour vérifier que je me souvenais de ce qui était convenu. « On répare aussi les petites lèvres » me suis-je dépêchée de dire. « Oui. Je vais chercher les produits » a-t-il déclaré en quittant la pièce.

Au moment où il sortait, le docteur LaBanquise commença à injecter le contenu translucide d’une seringue dans ma perfusion. Il injecta aussi le contenu laiteux de deux autres seringues, puis me posa un masque à oxygène sur le visage, m’enjoignant de respirer dedans. « Vous allez dormir » me dit-il.

Je me rappelle avoir eu une drôle de sensation dans la tête. Comme des picotements. Puis je me suis brutalement endormie.


(à suivre. Le récit étant plutôt long, je l'ai découpé en plusieurs parties. La suite, demain. Promis)

dimanche 6 mai 2007

7 minutes pour une anesthésie

Vendredi matin, au réveil, j’avais mal au ventre. Je me sentais inquiète, nerveuse.
J’ai passé une matinée chaotique, dispersée, à essayer, en vain, de me concentrer sur mon travail.

A 12h20, j’étais dans le métro pour aller à ma consultation d’anesthésie. J’avais rendez-vous à 14h mais, comme à la consultation avec le chirurgien, je ne voulais pas être en retard. Et puis je n’avais pas faim. J’étais trop nerveuse pour m’arrêter manger quelque part.

Dans le RER qui m’emmenait vers Saint Germain en Laye, j’ai refait l’inventaire de tous les documents qu’on m’avait demandé d’apporter. Pourtant, je les avais préparés mercredi soir et vérifiés jeudi soir et vendredi matin. Mais j’en avais besoin pour me rassurer et calmer mon agitation.

J’avais mes dernières ordonnances, les résultats de mes examens sanguins et les questionnaires à remplir et à signer qui m’avaient été remis le 02 Mars (consentements éclairés du patient en chirurgie et du dépistage du VIH, questionnaire médical d’anesthésie et consentement éclairé du patient en anesthésie).

J’avais suivi le conseil de Claude et préparé une petite liste de questions :
- comment va-t-il procéder pour m’anesthésier exactement ?
- à quoi sert le calmant qu’on donne avant l’anesthésie ?
- combien de temps vais-je être endormie ?
- mon réveil sera-t-il douloureux ?

J’avais très envie de pleurer, là, dans le RER. Il y avait cette peur qui parasitait tout et me faisait monter les larmes aux yeux. J’avais l’impression d’aller à un entretien d’embauche. J’avais le sentiment que le chirurgien et l’anesthésiste allaient me faire une fleur en m’opérant, et qu’ils pouvaient changer d’avis, sans aucun recours pour moi. D’avoir l’impression de dépendre totalement d’eux et de leur bon vouloir me faisait de la peine pour moi-même. Je me sentais impuissante et j’avais envie de pleurer sur moi. Pour moi.

Finalement, je suis arrivée une heure à l’avance. Incapable de rester là à ne rien faire, je me suis forcée à déjeuner en attendant.

A 14h tapantes, j’entrai dans la salle d’attente, les jambes un peu engourdies. C’était là que j’avais attendu ma consultation avec le docteur Foldès. La secrétaire médicale des anesthésistes m’a remis une feuille expliquant les différentes sortes d’anesthésie, les précautions à prendre, les statistiques d’accidents d’anesthésie. Je n’en avais lu que la moitié lorsque l’anesthésiste m’a appelée.

J’ai passé exactement 7 minutes avec Docteur Glaçon. 7 minutes face à un iceberg qui a commencé par prendre ma tension dans un silence pesant. Puis il m’a posé quelques questions, le visage fermé (quels sont les médicaments que je prends ? suis-je allergique ? Ai-je déjà été opérée ?). Il a ensuite examiné les résultats de mes examens sanguins, m’a dit que tout allait bien. Puis il m’a débité un discours rôdé d’une voix rapide, m’expliquant que je ne serai pas intubée mais oxygénée grâce à un masque, que je serai endormie pendant à peu près une heure et demi.

Toujours sans l’ombre d’une étincelle de sympathie, Docteur Froideur m’a indiqué qu’il faudrait que je sois à jeun à partir de minuit, la veille du jour de l’opération. Il ne me l’a pas dit mais j’avais lu sur la feuille d’information que le fait d’être à jeun éliminait les risques d’étouffement en cas de vomissement intempestif. Il m’a aussi précisé de ne pas prendre d’aspirine.

Il a repris sa respiration puis m’a demandé en remplissant le consentement éclairé du patient en anesthésie si j’avais des questions.

Je lui ai demandé à quoi servait le calmant qu’on donne au patient avant l’anesthésie. Il m’a expliqué que ce calmant servait à diminuer ma nervosité, naturelle face à la perspective d’une opération chirurgicale, et à faciliter ainsi mon anesthésie. Je l’ai aussi questionné sur mon réveil, je voulais savoir si j’allais me sentir vaseuse. Il m’a répondu que non, que je me réveillerai comme d’une nuit de sommeil. Si je prends bien les médicaments qui me seront prescrits, m’a t’il dit, je ne ressentirai aucune douleur. Je lui ai parlé de mon patch et il m'a assuré que je pouvais le garder à mon entrée à la clinique.

7 minutes s’étaient donc écoulées et il me ramenait au secrétariat. J’ai payé 28 euros, 4 euros la minute, pour cette consultation d’anesthésie plutôt fraîche. J'étais un peu énervée. Pas à cause du prix, non, à cause de la température du docteur Snow.

Alors, d'accord, la bienveillance, la chaleur humaine et la sympathie ne sont pas des dus, personne n’est obligé de se montrer chaleureux et doux (encore que pour les professions médicales, on puisse débattre de la question), mais quand même, la froideur de l’anesthésiste m’a troublée, pour ne pas dire agacée. Et puis d’être expédiée en sept minutes, ça m’a carrément inquiétée. Je me rassure comme je peux en me disant que je dois être un cas banal et facile, mais c’est surtout le fait de savoir que le docteur Foldès sera là et que je suis sa patiente et non celle du docteur Iceberg qui calme mon angoisse.

Paradoxalement, cette froideur m’a tout de même permis de dédramatiser, d’être pragmatique. A mes yeux, cet après-midi là, mon opération a perdu une partie de sa dimension symbolique et est devenue réelle.

En sortant de la clinique, je me sentais comme en vacances, toute légère. Il faisait beau, chaud et je pensais que maintenant, entre l’opération et moi, il n’y avait plus de démarches à faire, plus d’examens, plus de questionnaires ni de coups de fil à ma mutuelle.

Il ne restait plus que 12 jours.


samedi 3 mars 2007

La consultation

Hier, j'ai ouvert les yeux dans le noir à 6h27. J'ai eu du mal à m'endormir et je me suis réveillée plusieurs fois durant la nuit mais je me sentais bien réveillée. J'avais peur et hâte en même temps.
Le 02 Mars 2007 m'a paru d'emblée être un jour important. Peut-être même était-ce l'un des jours les plus importants de ma vie. Alors j'ai expliqué à mon corps ce qu'on allait lui faire, je lui ai expliqué qu'on allait l'examiner et me dire si on pouvait le reconstituer, lui rendre ce qu'on lui a arraché un jour, quand j'avais 4 ans.
J'ai fumé une cigarette dehors, mais ça ne m'a pas calmée. J'avais le coeur qui battait très très vite.
A 7h05, j'étais prête. Mon homme m'a demandé, du fond du lit et d'une voix pâteuse, de l'appeler après le rendez-vous. Ca m'a un peu rassurée, ça a estompé un peu de cette sensation de solitude que j'éprouvais.
A 7h14, j'étais dans le métro. Je suis arrivée à Saint Germain en Laye très à l'avance, mais je ne voulais surtout pas arriver en retard et rater mon rendez-vous (on m'avait prévenue, lorsque j'ai pris le rendez-vous, de ne pas être en retard, le docteur étant débordé et ne pouvant m'attendre).
Dans la salle d'attente, j'avais les jambes engourdies par l'appréhension. Quand il est arrivé, j'ai été saisie et intimidée. J'ai suivi dans son bureau cet homme grand à la voix douce et au regard bleu.
Il a commencé par me poser des questions:
- Pourquoi étais-je là?
- A quel âge et où avais-je été excisée?
- Quel âge ai-je maintenant?
- Ai-je des enfants?
- Est-ce que je fume?
- Est-ce que je prends des médicaments?
- Est-ce que j'ai déjà été opérée?
- Est-ce que la cicatrice me fait mal lors de mes rapports? A quel point?
Puis il m'a examinée et m'a expliqué que j'avais subi une ablation du clitoris et une blessure des petites lèvres. Il m'a dit que mes petites lèvres n'avaient pas été blessées à dessein (comme c'est le cas dans une excision pharaonique) mais du fait de mon anatomie à 4 ans (le geste a été approximatif, imprécis). En cicatrisant, elles se sont soudées l'une à l'autre et le clitoris s’est positionné à un endroit autre que sa place normale. Ma vulve est figée, moins élastique qu’elle ne devrait, du fait de la cicatrice, ce qui pourrait me causer des problèmes en cas d’accouchement.
"On peut tout à fait effectuer une réparation".Quand il a dit ça, mon coeur a bondi dans ma poitrine et quelque chose s'est comme dilaté dans ma cage thoracique, comme une fleur qui éclôt. Mon Dieu que ça m’a fait du bien de l’entendre cette phrase !
De retour à son bureau, il m’a expliqué qu’il allait enlever le tissu cicatriciel, séparer et reconstituer les petites lèvres puis dégager le clitoris.
Il m’a aussi proposé de participer à un protocole expérimental d’amélioration de l’aspect de mes petites lèvres au moyen d'un produit qu’on y injecte et qui se résorbe en 18 mois à 2 ans. Jusqu’ici, 100 patientes ont suivi ce protocole et semblent en être contentes. J’ai accepté (je crois que j’aurais accepté tout ce que me proposait le docteur Miracle). Cela reviendrait, m’a-t-il dit, à « une reconstitution complète de ma région vulvaire ».
Je n’aurai rien à payer, si ma mutuelle prend en charge le dépassement d’honoraires de 300 euros. La sécurité sociale prend en charge les 5000 euros que vaut la reconstruction de mon clitoris et de mes petites lèvres. Les 1600 euros de l’amélioration esthétique de mes petites lèvres sont à la charge de ceux qui mènent le protocole expérimental.
On en est arrivés au moment de la programmation de l’opération. Il m’a demandé quand je voulais me faire opérer. Ca m’a étonnée, je croyais qu’il était débordé. Je lui ai demandé si c’était possible au mois de Mai. Sa réponse m’a surprise : « Pas avant ? ». L’opération va avoir lieu le 16 Mai 2007. J’entrerai la veille à la clinique. et j'en sortirai le 17 dans la matinée. Mon homme viendra me chercher en voiture.
Pour préparer l’opération, je dois faire une prise de sang, rencontrer l’anesthésiste le 4 Mai et arrêter de fumer (fumer augmente les risques de complications lors de l’opération) au moins 6 à 8 semaines avant le grand jour.
Le docteur m’a montré que les informations sur l’opération qui parviendront à la sécu étaient codées. On ne saura donc pas de quoi je me fais opérer. Ce n’est pas très important pour moi mais peut-être que ça pourrait être pénalisant que ça se sache (je n’imagine pas vraiment comment, m’enfin on ne sait jamais…).
J’ai trouvé le docteur vraiment gentil, j’ai eu l’impression d’être particulière, unique, importante et ça m’a fait un bien fou. Il était attentif et je me suis sentie bien. Emue mais à l’aise. Il m’a demandé ce que m’avait dit ma gynécologue de mon excision. Je lui ai répondu qu’elle n’en avait jamais fait mention mais que c’était toujours mieux que le précédent qui m’avait dit en substance que ce n’était pas grave et que de toute façon, c’était fait, point barre. Il m’avait achevée d’un « le plaisir, c’est dans la tête et puis, que voulez-vous, il y a des femmes qui n’ont jamais d’orgasme, c’est comme ça ». Youpi. Le docteur a paru affligé de ce que je lui racontais. On a papoté un peu. J’ai demandé au docteur si une femme dans la position de ma cousine, qui a eu plusieurs enfants, pouvait se faire opérer. Et j’ai eu la confirmation que oui.
Il m’a fait un peu peur en me disant « Bon, et bien, à moins que je me fasse tuer avant, il n’y a pas de problème ». C’était peut-être une plaisanterie, mais vu que j’angoisse qu’il meure avant d’avoir pu m’opérer, je me suis prise à regretter de ne pas avoir demandé une date d’opération avant.
Il a été très clair et très complet dans ses explications. Pour l’opération, je vais être anesthésiée généralement et aussi localement. Je vais avoir mal pendant une semaine puis les douleurs vont s’atténuer. Je devrai aller à des visites de contrôle au bout de la 2e semaine de convalescence, puis un mois et demi après l’opération, puis 6 mois après. C’est lors de cette dernière visite de contrôle qu’il me proposera un suivi avec un sexologue, si je veux.
Pendant les 6 semaines que va durer la cicatrisation, ça va couler un peu mais c’est normal, il y a un drainage qui doit se faire. J’aurai un traitement et des soins locaux à faire.
Il faut que j’attende que ces 6 semaines soient écoulées pour reprendre des activités physiques et sexuelles.
N’ayant pas un métier qui nécessite que je bouge beaucoup (il ne faut pas que je marche trop les premiers temps), le docteur pense qu’un arrêt de travail d’une semaine, après l’opération, devrait suffire.
Les sensations clitoridiennes, le plaisir quoi, apparaissent en moyenne au bout de 6 mois.
Le rendez-vous s’est terminé, j’ai payé ma consultation, pris rendez-vous avec l’anesthésiste et je me suis faite enregistrer à l’accueil afin qu’on me réserve une chambre.
En sortant, je me sentais bizarre : j’avais envie de rire et de pleurer à la fois. Et j’ai angoissé très fort (faites qu’il ne meure pas avant, faites qu’il ne meure pas tout court).
Ca m’a fait du bien d’en parler à ma cousine que j’ai appelée dès mon retour. Ainsi qu’à mon homme et à mon meilleur ami qui se sont réjouis avec moi.
Vivement le 16 Mai 2007. Vivement, vivement !