jeudi 15 mars 2007

Le jour où je n'aurai plus besoin d'armure

J'ai noté ces derniers temps que ma peur a reflué.
Je n'ai plus peur que le docteur Foldès meure. Ou plutôt, je suis "fataliste" et j'ai décidé de ne pas m'en faire inutilement. On verra bien s'il est en vie le 16 Mai, sinon, j'aviserai.
Je n'ai plus peur de l'opération elle-même. Je la trouve fondamentale et la question de savoir si elle va changer quelque chose à ma vie ou pas me paraît nulle et non avenue parce que je suis persuadée que oui, elle va changer ma vie. Comment et à quel point, je ne sais pas mais de manière bénéfique pour moi, ça j'en suis persuadée.
Déjà, rien que la préparation de l'opération a été bénéfique. J'ai arrêté de fumer. Mais il y a quelque chose de plus important: je suis plus respectueuse et douce envers moi-même. Pas toujours, mais de plus en plus. Je fais plus attention à mes états d'âme mais je ne les juge pas. J'ai la curieuse impression d'être plus "intime avec moi-même" que je ne l'ai jamais été, de vivre un peu plus à mon rythme.
En même temps, j'ai conscience que je m'empêche de me réjouir longtemps, comme si ça pouvait me porter malheur. Comme si j'étais affligée d'une malédiction perverse consistant à transformer une potentielle source de bonheur en malheur. Pour l'instant, je n'ai trouvé, comme moyen de me prémunir de cette malédiction, que le fait de minimiser l'allégresse que j'éprouve et de m'exhorter à ne pas me reposer sur les lauriers du soulagement et de l'espoir. Je garde mon armure et mes armes, parce que je suis sûre qu'il me faudra affronter de nouveaux malheurs, encore et encore.
C'est dommage de gâcher ma joie par une vigilance et une inquiétude de tous les instants. C'est dommage de me maintenir dans la peur. J'ai la nette sensation de passer à côté de l'essence même de la vie. Et je voudrais me débarrasser de cette certitude que, en ce qui me concerne, "toute bonne chose se paie d'une façon ou d'une autre". Cette certitude me fait d'autant plus de mal que j'ai l'impression qu'elle ne vaut que pour moi, pas pour les autres.
Le jour où j'y arriverai, cela signifiera que j'aurai récupéré une partie très importante de moi qui me fut ôtée en même temps que mon clitoris: la possibilité de croire en un avenir radieux pour moi. La possibilité de croire qu'il peut m'arriver de bonnes choses sans que j'aie à sacrifier quoi que ce soit en échange. Oui, ce jour-là, je pourrai enfin déposer les armes et cesser de combattre l'ombre que mon excision a jetée sur ma vie. Ce jour-là, j'aurai vaincu mon excision.

4 commentaires:

Emelire a dit…

"Et je voudrais me débarrasser de cette certitude que, en ce qui me concerne, "toute bonne chose se paie d'une façon ou d'une autre".

> cette phrase m'a interpellée. J'ai la même lutte, en fait je dérive dans l'action,le fait d'être multi-occupée avec peu de temps pour réfléchir et me poser, c'est tout ce que j'ai trouvé comme stratégie adaptée à moi. J'espère que tu vas réussir à te débarasser de ça, c'est très pesant à vivre, ça fait un esprit sacrificiel, où la douleur finalement est nécessaire. Et pourtant je suis sûre qu'il est possible de vivre autrement. bonne chance ! ;o)

papillon a dit…

Comme tu le dis, c'est la nécessité de la douleur qui est horrible à vivre dans ma manière d'appréhender la vie. Je cherche un autre moyen de vivre en me sentant en sécurité sans cette nécessité. Je te souhaite aussi de trouver une autre manière de vivre sans devoir forcément lutter. Bon courage à toi aussi, Emelire.

Anonyme a dit…

Bonjour,
C'est en surfant sans but précis sur le net que je suis tombée par hasard sur ton blog. Tes msg m'ont bcp touché. je me suis reconnue dans certains de tes propos.
J'ai été aussi excisée à l'age de 7 ans et j'ai été opérée par le Dr Foldés en Septembre 2006. Ma vie a changé depuis.
Je veux juste te dire courage pour tout. Tout va bien se passer.

Si tu as besoin de me poser une question précise, n'hésite pas, fais un signe dans ton prochain msg.Je reviendrai te lire et repondre à ta (ou tes) question (s).

Martine

papillon a dit…

Merci de ton message Martine.
J'ai effectivement des questions à te poser, je vais les inclure dans mon prochain message.
A bientôt j'espère!