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mardi 24 avril 2007

A toutes celles qui ont un secret...

Une fois n'est pas coutume, je voudrais raconter une histoire que j'ai lue il y a 3 mois à peu près, au travers des messages d'un forum.

C’était l’histoire d’une jeune fille qui avait un secret qu’elle voulait avouer à son amoureux. Elle avait dans les 15 ans et c’était son premier amoureux. Et comme tous les amoureux, ils y pensaient, tous les deux, à ce qu’il y a derrière les longs baisers.

Le secret de la jeune fille, c’était que, quand elle était bébé, elle a été excisée puis infibulée*. Et que, même si elle en avait très envie, elle ne pourrait pas le découvrir avec lui, ce qu’il y a derrière les longs baisers.

Elle paniquait complètement à l’idée de lui parler.

C’est vrai, il serait peut-être dégouté. Peut-être qu’il ne comprendrait pas. Peut-être qu’il la quitterait. Même si ce n’était pas sa faute, à elle.

Elle avait honte, tellement honte, qu’elle n’en avait jamais parlé à personne, même pas à un médecin. C’était la première fois qu’elle osait, sur ce forum, cachée derrière un pseudo.

Elle était toute désemparée, toute retournée de peur, malgré tous les messages d’encouragement.

Elle se désespérait. Il allait la quitter, c’était sûr, écrivait-elle. Pourquoi resterait-il avec elle ? Hein ? Alors que des filles « normales », il y en avait plein ? Non, c'était sûr et certain, il allait la quitter.

Les internautes, sur le forum, lui assuraient que s’il l’aimait, il comprendrait. Ils lui affirmaient que s’il l’aimait, il ne la jugerait pas. Tu verras, lui promettaient-ils, qu’il ne te rejettera pas. Ou alors, c’est qu’il n’en valait pas la peine. C’est qu’il ne t’aimait pas vraiment.

Elle leur répondait que oui, peut-être, mais qu’elle, elle l’aimait. Qu’elle l’aimait vraiment. Et qu’elle en mourrait s’il la repoussait.

Finalement, elle n’a pas pu le lui dire. A la place, elle le lui a écrit.

Elle n’a pas posté la lettre, elle est allée la mettre dans la boîte aux lettres de son adoré. Et puis elle est repartie, vite, vite.

Elle était toute angoissée. Elle disait, sur le forum, qu’elle n’aurait jamais dû. Elle pensait que c’était foutu. Elle était déjà toute abattue.

Et puis quelques jours plus tard, il est venu la voir. Lui aussi, il lui avait écrit une lettre. Mais il voulait la lui lire. Dans sa lettre, il lui disait qu’il l’aimait quand même, qu’il l’aimait toujours. Il lui disait qu’il l’attendrait, qu’il l’accompagnerait, qu’il l’aiderait.

Ils ont décidé d’aller voir un gynécologue. Tous les deux. Pour pouvoir un jour vivre ensemble ce qu’il y a là-bas, derrière les longs baisers...




*EDIT: infibulée signifie que les grandes lèvres de son sexe ont été cousues ensemble. On n'a laissé qu'un petit trou pour que l'urine et le sang des règles puissent s'écouler...



jeudi 15 mars 2007

Le jour où je n'aurai plus besoin d'armure

J'ai noté ces derniers temps que ma peur a reflué.
Je n'ai plus peur que le docteur Foldès meure. Ou plutôt, je suis "fataliste" et j'ai décidé de ne pas m'en faire inutilement. On verra bien s'il est en vie le 16 Mai, sinon, j'aviserai.
Je n'ai plus peur de l'opération elle-même. Je la trouve fondamentale et la question de savoir si elle va changer quelque chose à ma vie ou pas me paraît nulle et non avenue parce que je suis persuadée que oui, elle va changer ma vie. Comment et à quel point, je ne sais pas mais de manière bénéfique pour moi, ça j'en suis persuadée.
Déjà, rien que la préparation de l'opération a été bénéfique. J'ai arrêté de fumer. Mais il y a quelque chose de plus important: je suis plus respectueuse et douce envers moi-même. Pas toujours, mais de plus en plus. Je fais plus attention à mes états d'âme mais je ne les juge pas. J'ai la curieuse impression d'être plus "intime avec moi-même" que je ne l'ai jamais été, de vivre un peu plus à mon rythme.
En même temps, j'ai conscience que je m'empêche de me réjouir longtemps, comme si ça pouvait me porter malheur. Comme si j'étais affligée d'une malédiction perverse consistant à transformer une potentielle source de bonheur en malheur. Pour l'instant, je n'ai trouvé, comme moyen de me prémunir de cette malédiction, que le fait de minimiser l'allégresse que j'éprouve et de m'exhorter à ne pas me reposer sur les lauriers du soulagement et de l'espoir. Je garde mon armure et mes armes, parce que je suis sûre qu'il me faudra affronter de nouveaux malheurs, encore et encore.
C'est dommage de gâcher ma joie par une vigilance et une inquiétude de tous les instants. C'est dommage de me maintenir dans la peur. J'ai la nette sensation de passer à côté de l'essence même de la vie. Et je voudrais me débarrasser de cette certitude que, en ce qui me concerne, "toute bonne chose se paie d'une façon ou d'une autre". Cette certitude me fait d'autant plus de mal que j'ai l'impression qu'elle ne vaut que pour moi, pas pour les autres.
Le jour où j'y arriverai, cela signifiera que j'aurai récupéré une partie très importante de moi qui me fut ôtée en même temps que mon clitoris: la possibilité de croire en un avenir radieux pour moi. La possibilité de croire qu'il peut m'arriver de bonnes choses sans que j'aie à sacrifier quoi que ce soit en échange. Oui, ce jour-là, je pourrai enfin déposer les armes et cesser de combattre l'ombre que mon excision a jetée sur ma vie. Ce jour-là, j'aurai vaincu mon excision.