jeudi 21 juin 2007
Orage
lundi 18 juin 2007
Enfin nomade!
Mon meilleur ami a souvent de très bonnes idées.
Dernièrement, il en a eu une qui m’a libérée de ma salle de bains.
Comme je vous l’avais dit, il me faut faire une toilette intime 3 à 4 fois par jour. Et rincer abondamment à chaque fois.
A la longue, j’ai fini par prendre le pli. De «chiantissime», ce rituel est passé à «un peu pénible».
Même depuis que j’ai repris le travail, je ne déroge pas aux prescriptions du docteur Foldès et je continue de prendre 4 demi-douches par jour.
En fait, je pourrais me contenter de faire 3 toilettes intimes par jour (une le matin, une en rentrant du travail et une le soir avant d’aller me coucher). Après tout, il m’a reprécisé « 3 à 4 fois par jour », à ma dernière consultation. Mais bien évidemment, mon côté « bonne élève » me pousse à en prendre 4. Dans « 3 à 4 fois par jour », moi j’entends 4 fois mais bon, si ce n’est que 3 fois, ça va quand même.
Du coup, quand j’ai recommencé à travailler, je rentrais chez moi tous les midis pour faire mon soin.
Ce qui me coinçait un peu. Impossible de faire quoi que ce soit à l’heure du déjeuner et l’aller-retour me prenait bien 1h30 (déjeuner compris).
L’autre jour, j’ai déjeuné avec mon meilleur ami et il est apparu que la contrainte venait en réalité du fait de devoir rincer abondamment. On ne peut pas rincer abondamment ses parties intimes dans des toilettes (sauf si elles sont équipées de ces nouveaux trônes de luxe venus du Japon avec options siège chauffant et fontaine de rinçage comme j’en ai déjà vues, mais ce n’est pas le cas des toilettes de mon lieu de travail).
Et bien mon meilleur ami m’a suggéré d’emporter avec moi une pissette (vous savez, ces récipients de laboratoire avec une sorte de bec recourbé dont se servent les chimistes?).
Avec ça, j’avais possibilité de rincer abondamment et en toute discrétion dans n’importe quelles toilettes.
Le soir même, au supermarché, l’idée s’est affinée : puisqu’il s’agissait de pouvoir avoir une sorte de fontaine portative, je pouvais aussi prendre une bouteille d’eau avec un bouchon « spécial sportifs » (ceux qu’on tire avec les dents pendant qu’on court et qui permettent, en pressant la bouteille, de faire sortir l’eau en jet).
J’en ai essayé plusieurs. Certaines bouteilles étaient trop dures (du coup, quand on appuie, on n’a pas de fontaine, il faut incliner la bouteille vers le bas pour avoir un ersatz de jet très en deçà de mes attentes). D’autres étaient plus souples, je pouvais appuyer plus fort ce qui générait un magnifique jet tout en tenant la bouteille à l’endroit (tête vers le haut), mais elles étaient d’une contenance trop faible à mon goût (25 cl).
Selon moi, l’idéal serait d’avoir un litre d’eau à disposition.
En attendant d’essayer la pissette de mon ami, j’ai choisi une bouteille de 50 cl et je dilue beaucoup la Bétadine, ce qui fait qu’il y a moins à rincer.
Du coup, je me balade maintenant avec mon petit sac rose contenant une petite bouteille de Bétadine rouge, un gobelet (pour le mélange Bétadine-eau), quelques compresses stériles, ma bouteille à bouchon « sport », des mouchoirs tous doux et une ou deux serviettes hygiéniques douces.
Je suis enfin libre de faire ce que je veux de mes heures de table.
Les soins, que je dois continuer jusqu’au 4 juillet au moins, sont nettement moins contraignants maintenant que je peux les faire n’importe où.
C’est l'euphorie, là!
mardi 12 juin 2007
Qui ne dit mot consent-il?
J’avais résolu de leur faire part de ma colère contre eux. C’était l’occasion ou jamais : on se revoyait pour la première fois depuis mon opération et on allait passer 48 heures ensemble, juste eux et moi.
Et bien j’ai échoué. Dans les grandes largeurs.
Je ne leur ai rien dit de ma colère.
Je savais qu’il y avait de grandes chances que je flanche (mes pensées en forme de « Il faut absolument que je leur parle » n’auguraient rien de bon) mais j’étais résolue à au moins aborder le sujet à un moment ou un autre.
Sauf que je ne l’ai pas fait. Je n’ai pas pu le faire.
Je ne leur ai rien dit de ma colère.
Je ne me comprends pas. Loin d’eux, je bouillais de rage, je me disais qu’ils n’avaient pas été à la hauteur, qu’ils ne m’avaient pas protégée et que je me devais de leur dire à quel point je leur en voulais pour ça. J’avais mal à la gorge et je n’en dormais pas quand j’y pensais. Arrivée chez eux, ma colère s’est comme mise en sourdine.
Les mots ne me sont pas venus. Je n’ai pas trouvé d’occasion de me dire.
Je ne leur ai rien dit de ma colère.
C’est sûr qu’après 31 ans d’obéissance aveugle, il était vain de croire que j’allais pouvoir provoquer une grande explication à cœur ouvert comme on claque des doigts. Mais quand même !
Je ne leur ai absolument rien dit de ma colère !
Mon père a été très chaleureux. Il m’a beaucoup parlé de choses et d’autres. Quant à ma mère, elle a été aux petits soins tout le week-end. Ils ont paru très contents de me voir. Ils m’ont vraiment bichonnée.
Mais ça n’a pas suffit pour me lancer.
Je ne leur ai rien dit de ma colère.
Pourtant, j’ai noté le regard étrange que posait ma mère sur moi quand elle pensait que je ne la voyais pas. J’ai remarqué qu’elle s’est soigneusement cantonnée à l’aspect pratique de mon opération (« Tu fais bien tes soins ? Tu es sûre ? »). J’ai constaté la gêne manifeste de mon père en ma présence. J’ai bien vu que tous ses mots n’étaient que bavardage superficiel, comme pour ne pas laisser de blanc. Comme s’il craignait ce qui pourrait naître du silence.
J’avais l’impression qu’ils se dérobaient, qu’il fallait que je les agrippe et que je leur hurle « Mais purée, regardez-moi ! Laissez-moi donc de l’espace, que je vous dise ma colère contre vous ».
Et ça me coûtait de leur courir encore après. Ca m’humiliait d’être obligée, une fois encore, de m’ouvrir les tripes pour qu’ils y jettent un regard inexpressif avant de retourner dans leur monde où tout va pour le mieux et où mon opération n’est plus qu’une anecdote.
Ma psy m’a dit hier que, peut-être, la « grande moi » n’avait plus rien à leur dire, alors que la petite fille qui est en moi attendait toujours des excuses. Je ne sais pas si c’est ça mais quand elle m’a suggéré cela, j’ai compris que c’était cette petite en moi que j’avais cruellement déçue. Elle a souffert le martyre, personne n’est venu lui demander pardon ni la consoler et, ce week-end, « la grande moi » a reculé. Elle a flanché, elle n’a pas souligné l’injustice que la « petite moi » a subie. Elle l’a laissée tomber.
Purée mais pourquoi les choses sont-elles si dures à dire ? Pourquoi est-ce donc à moi de faire tout ça ? pourquoi mes parents n’ont-ils rien dit, ce week-end ?
Le déni de responsabilité possible dont parlait ma psy hier n’a pas vraiment suffi à me consoler.
Je ne leur ai rien dit de ma colère.
Je suis peut-être de ceux qui tendent l’autre joue après qu’on leur a massacré la première. Je suis peut-être lâche après tout…
Pourtant, ce week-end, je n’ai pas éprouvé de peur. Face à mes parents, je me suis sentie adulte. Je ne suis pas entrée dans le bavardage vide de mon père (j’ai même été étonnamment silencieuse). Je n’ai pas joué à la petite fille adorée et toujours d’accord de ma mère. Je leur ai même fait part de mon projet d’acheter un appartement avec mon homme, de ma décision de ne pas me marier et d’avoir quand même des enfants, ce qui est énorme quand on pense à la société traditionaliste dont je suis issue.
C’est un grand pas en avant, ma psy a raison. C’est la preuve que je deviens adulte face à mes parents, que je m’autodétermine.
Oui, d’accord.
Mais alors si je suis adulte et que je n’ai plus peur d’eux, pourquoi n’ai-je rien dit ? Pourquoi n’ai-je pas pu profiter du trajet en voiture avec mon père qui me ramenait à la gare dimanche pour lui en dire un peu plus sur ce « mieux-être psychologique » que, dans ma lettre, je disais espérer et sur lequel il m’avait interrogée ?
Pourquoi rien ne s’est passé ?
J’aurais voulu dire à mon père que j’espérais enfin être digne de tout : de respect, d’estime et d’amour. J’aurais voulu lui dire que j’espérais tuer enfin cette petite voix qui me souffle de temps en temps que j’ai peut-être été excisée parce que je n’étais pas quelqu’un de bien. Comme une punition à l’avance. Comme si les souffrances qui en ont résulté m’ont conduite à être quelqu’un de meilleur. J’aurais voulu lui dire que je croyais quand même être quelqu’un de bien à la base.
Sauf qu’aucune de ces paroles n’a franchi mes lèvres. Aucune.
Je ne leur ai rien dit de ma colère. Rien de rien.
Rideau sur mon prétendu courage de soldat…
mercredi 6 juin 2007
Visite de contrôle
Lors de sa visite éclair le lendemain de l’opération, le docteur Foldès m’avait indiqué qu’il fallait que je revienne le voir dans les 2 à 3 semaines suivantes. Il suffisait d’appeler le secrétariat de sa consultation pour savoir quand il était là et de se présenter, sans rendez-vous.
Lundi matin, j’ai donc appelé la clinique Louis XIV. Sa secrétaire m’a annoncé que, cette semaine, le docteur Foldès consultait lundi après-midi et mardi après-midi à partir de 14h.
Je n’avais pas du tout envie d’y aller. Tellement pas qu’au lieu de me précipiter dès le lundi après-midi, j’ai décidé de n’y aller que le mardi. Le mardi après-midi, je suis arrivée pile à l’heure et non pas au moins une demi-heure à l’avance comme j’en avais l’habitude.
En allant vers la clinique, j’essayais d’analyser ma réticence. Déjà, il y avait le fait que le docteur Foldès m’impressionne beaucoup. Et puis il y avait aussi cette autre composante que je n’arrivais pas à formuler. Tout ce que j’en saisissais, c’était que je n’avais aucune envie de rencontrer d’autres patientes du docteur Foldès.
Quand je suis entrée dans la clinique, j’ai croisé le regard d’une femme assise à la place à laquelle j’avais attendu qu’on vienne me chercher le jour de mon admission, la veille de l’opération.
Elle était noire. Et je n’ai pas pu m’empêcher de penser qu’elle était sûrement venue se faire opérer par le docteur Foldès.
Chassant cette pensée, je montais les quelques marches qui conduisaient au secrétariat des chirurgiens.
Et là, bingo, je tombe sur le docteur Iceberg. Toujours aussi expressif qu’une porte de prison, il ne m’a pas reconnue. C’est à peu près à ce moment-là qu’une boule est apparue dans ma gorge et que mon moral a commencé à vaciller sérieusement.
La secrétaire du docteur Foldès a noté mon nom dans la marge de son cahier. Du coup, je n’avais aucune idée du temps que j’aurais à attendre.
Je pensais que je serais prioritaire mais, une fois installée dans la salle d’attente bondée et étouffante, j’ai aperçu le chirurgien qui parlait à sa secrétaire. J’ai senti tout mon corps se crisper et j’ai été drôlement soulagée de l’entendre appeler un homme âgé. Finalement, je préférais passer après tous ceux qui avaient rendez-vous.
Le docteur Foldès est urologue à la base. Ça m’est revenu à l’esprit quand, par deux ou trois fois, il est venu chercher un homme dans la salle d’attente.
Pendant ce temps, la salle d’attente ne désemplissait pas, bien au contraire. Il n'y avait plus une seule chaise libre et les nouveaux arrivants se pressaient debout, le long des cabines isolant les secrétaires des chirurgiens de la salle d’attente.
En voyant apparaître des femmes noires, j’ai de nouveau immédiatement pensé qu’elles étaient des patientes du docteur Foldès. Ce qui m’a été confirmé par leur passage devant la secrétaire du chirurgien.
Une jeune femme d’à peu près 25 ans, la tête enturbannée est arrivée la première, suivie de très près par une femme d’une cinquantaine d’années. Puis une très jeune fille (elle avait l’air à peine majeure) est entrée d’un pas énergique dans la salle d’attente. Quelques minutes plus tard, une autre femme d’une vingtaine d’années est arrivée, accompagnée d’une femme qui pouvait être sa sœur ou sa copine.
Ces femmes ont sans doute été excisées elles aussi. Et elles aussi venaient sans doute faire réparer leur sexe mutilé.
Je les étudiais pour savoir à quelle étape de la longue démarche de reconstruction elles en étaient. Les dernières arrivées portaient des jeans slims et croisaient les jambes. Les deux premières portaient elles des vêtements amples mais avaient une démarche alerte. J’en ai donc déduit que soit c’était leur première consultation, soit cela faisait plus de 6 semaines qu’elles avaient été opérées et elles venaient pour un contrôle.
La boule dans ma gorge grossissait, mon moral sombrait. Je me sentais vulnérable et triste. Pour moi, pour elles. Chaque femme noire présente était vraisemblablement une femme excisée. Je trouvais ça affligeant.
Nous n’étions pas des patientes comme les autres dans cette salle d’attente. A la différence des autres, venus combattre un coup du sort, nous étions là pour réparer une abomination qui nous a été infligée par la main ou par la volonté d’un des nôtres, d’un membre de notre famille.
Et on se tapait toutes ces démarches, ces allers-retours à Saint-Germain-en-Laye, ces tiraillements, cette peur, ces angoisses, pour raccommoder notre dignité saccagée sans notre consentement.
Purée, ça m’indignait à tel point que la boule dans ma gorge a doublé de volume et que mon moral a chuté vers les abîmes de la déprime. J’avais envie de pleurer.
A ce moment-là, j’ai pensé que je voudrais bien que mes parents me demandent pardon un jour.
Perdue dans ces noires idées, j’ai à peine entendu le docteur Foldès m’appeler et je n’ai pas eu le temps d’avoir peur.
Dans son cabinet, le docteur Foldès m’a souri, ce qui m’a mis un peu de baume au cœur. Il m’a demandé quand j’avais été opérée. Il ne se souvenait pas de moi et ça m’a curieusement soulagée. J’avais très envie d’être une anonyme banale venue se faire examiner, pas une victime d’excision. Je n’étais plus une femme excisée. C’était fini.
Sur son bureau, il y avait une fiche d’information concernant une jeune femme malienne née en 1988 et excisée à l’âge de 5 ans. Ça a plombé mon moral déjà pas bien vaillant.
Il m’a demandé de monter sur sa table d’examen et de plier les jambes. Puis il a procédé à un examen rapide. « Superbe ! C’est parfait ! » a-t-il dit. Ça m’a fait plaisir, je me sentais toute fière. « Ça cicatrise bien, autant les petites lèvres que le clitoris. C’est très bien ».
Il a ajouté que c’était normal qu’il y ait un trou devant (mais quel trou au juste ? Je sens qu’il va falloir que j’explore de nouveau avec mon miroir, je ne voyais absolument pas de quoi il me parlait, là) et que ça coule encore un peu.
Il m’a recommandé de continuer à nettoyer 3 ou 4 fois par jour toute ma zone génitale avec de la Bétadine très diluée.
Puis il m’a expliqué que cette visite était une visite de contrôle, juste pour vérifier que tout allait bien. Et là, tout allait bien.
Il m’a ensuite dit qu’il fallait qu’il me revoie d’ici 3 à 5 semaines. Cette consultation serait très importante, essentielle même, car il me prescrirait alors un autre traitement.
Il m’a souri encore et mon moral a repris du poil de la bête. J’étais même assez contente et rassurée. Finalement, toutes ces galères valaient le coup…
J’ai pris rendez-vous pour le 4 juillet avant de partir.
En repartant vers la gare RER, j’étais partagée entre la joie de savoir que ma cicatrisation se passait bien et une flambée de colère contre cette mutilation.
Purée, je VEUX que mes parents me demandent pardon.
J’ai besoin que quelqu'un me demande pardon pour le mal qu’on m’a fait...
lundi 4 juin 2007
Appropriation
C’est étrange, je n’avais pas vraiment pensé, avant l’opération, au fait que mon sexe aurait un aspect nouveau. A un certain moment, j’avais même perdu de vue que mon clitoris reprendrait sa place entre mes grandes lèvres. Je n’y avais pas réfléchi.
Et aujourd’hui, face à mon clitoris retrouvé, j’avoue que je me sens troublée.
Depuis l’opération, je le nettoie délicatement avec des compresses trempées dans la Bétadine diluée, je l’observe discrètement pendant ces toilettes intimes, je suis attentive à ses réactions lorsque je l’asperge d’eau, je surveille l’évolution de son aspect, je guette ses manifestations en marchant, en m’asseyant ou en m’allongeant. Pourtant, il m’intimide.
L’opération de reconstruction du clitoris n’est pas une greffe. Je le sais bien, mais, dans mon esprit, ça y ressemble fort.
Lorsque j’évoquais mon opération en thérapie, je disais souvent : « je vais avoir un clitoris ». Et ma psy me corrigeait : « Non, pas UN clitoris, MON clitoris ». De la même manière, lorsque j’affirmais que « je n’avais pas de clitoris », elle me disait que cette phrase aurait été juste si j’étais née sans clitoris. Or, j’en ai un. Il a été coupé, mais j’en ai un.
Seulement voilà, ça fait 27 ans qu’il m’a été enlevé et je ne me souviens pas du tout de ce que ça fait d’avoir un clitoris. C’est vraiment comme si on m’avait greffé un nouvel organe.
Pour le moment, très honnêtement, je ne le sens pas vraiment. Par là, je veux dire que je ne sens que très rarement et très fugitivement que la topographie de ma zone génitale a changé.
Je trouve d’ailleurs très significatif que lorsque je marche et que je sens mon clitoris, j’ai une sorte de réflexe qui me fait légèrement écarter les jambes et donc marcher un chouïa comme un canard, ce qui est du dernier chic.
L’autre jour, pour la première fois, j’ai osé explorer les contours de mon clitoris directement avec mes doigts, sans compresse. Je l’ai timidement effleuré, faisant bien attention à ne pas trop l’ennuyer (j’avais peur de ressentir un pincement de douleur ou je ne sais quoi de désagréable, la zone entre mes grandes lèvres étant encore sensible).
Ce que cette exploration m’a appris, c’est que pour l’heure, mon clitoris est en fait maintenu la tête « hors de l’eau » par des points de suture des deux côtés (à l’avant ET à l’arrière des grandes lèvres et non pas seulement à l’avant comme je le pensais avant). Ça m’a rassurée, parce que je le trouve plutôt gros.
La question que je compte poser cette semaine au docteur Foldès, c’est : « Quid de mes petites lèvres ? ». Parce que c’est un peu le fouillis et avec tous ces points de suture, je ne les distingue pas (pourtant, j’ai consacré de longues minutes à investiguer les lieux).
J’ai retrouvé mon clitoris, mais il me reste maintenant à faire sa connaissance, ce qui ne coule pas de source, vu qu'il m'impressionne. Mais bon, je constate quand même qu'une intimité nouvelle s'installe entre nous, à son rythme. Et je trouve ça chouette.
lundi 28 mai 2007
Au détour de la guerre ordinaire...
Hier soir, surprise: ma sœur au téléphone.
J’ai vraiment été étonnée. Je pensais qu’on ne se parlerait plus avant… au moins 3 mois, eu égard à notre dernière conversation. Comme quoi, la vie est pleine de surprises.
Elle a commencé à me faire une brillante démonstration de l'élasticité des limites du culot en entamant immédiatement, et le plus sereinement du monde, le récit détaillé et très enthousiaste de ses dernières vacances.
Sauf que ces derniers temps, je n’arrive plus à me concentrer sur les longs monologues égocentriques.
Bref, au bout d'une quinzaine de minutes, j’ai commencé à penser à tout autre chose, semant des « hun hun » par-ci par-là lorsqu’elle reprenait son souffle.
Bien évidemment, elle a très vite réalisé que je ne l’écoutais plus. « Mais tu fais quelque chose en même temps ou quoi? Tu ne m’écoutes pas, là! ». Je lui ai répondu que je me posais des questions sur les médicaments que je prenais (« Est-il sûr et certain que je peux arrêter le Brexin au bout de dix jours? Ne vaut-il pas mieux continuer jusqu'à ma prochaine consultation avec le docteur Foldès? Et si je l'appelais pour vérifier *? »).
« Ah. C’est fait alors? » me questionna t’elle (elle n’était pas au courant que mon opération avait eu lieu puisque la seule fois où je lui en ai parlé, en ce funeste dimanche de mortification, la date de l’intervention n’avait pas été évoquée…)
« Oui, mercredi 16 Mai », ai-je répondu.
Silence au bout du fil.
J’ai attendu (chat échaudé craint l’eau froide), puis quand il m’a semblé qu’elle attendait que je lui en dise un peu plus, j’ai prudemment commencé à lui décrire mes malheurs au royaume de la douleur.
C’est là que c’est arrivé. C’est fou ce don qu’a ma sœur pour me couper le sifflet en quelques mots.
« Ne parle pas en français ! Ne parle pas en français ! Parle en mandingue » me dit-elle d’un ton affolé.
« Hein? Pourquoi? Qu’est-ce qui se passe? »
« J’ai les mains prises et j’ai mis le haut-parleur là ! » me dit-elle. Avant d'ajouter, en mandingue : « Il est dans la pièce avec moi, il pourrait entendre ! »
!!!!!!!!
J’en suis restée sans voix. Littéralement.
Son compagnon n’est pas au courant. Il ne sait pas qu’elle a été excisée.
Mon Dieu!
Au moment où je réalisais ce qu'elle venait de dire, une surprenante chape de chagrin et d’anxiété pour elle s’est abattue sur moi.
Mon Dieu!
Mais comment va-t-elle faire? Elle va le lui cacher toute sa vie? A-t-elle le droit de ne rien dire? Est-ce que ça n'est pas néfaste pour son couple?
N’est-ce pas trop tard pour lui en parler de toute façon? Je veux dire, ça fait plusieurs années qu’ils sont ensembles et deux ans qu’ils vivent ensemble... Alors si elle décidait de le lui dire maintenant, ne lui en voudrait-il pas de le lui avoir caché pendant toutes ces années?
En même temps, ça me va bien de crier à la catastrophe alors que je n’ai pas eu à me poser ces questions.
Parce qu'avant d’être mon amoureux attitré, mon homme était un ami, un très bon ami même. Un ami dans les bras duquel j’avais pleuré à chaudes larmes après cette horrible visite chez le gynécologue qui m’avait dit que mon excision n’était pas grave (« c’est fait, c’est fait, que voulez-vous... » avec ce petit ton de reproche qui m’avait crucifiée) et que bon, ben je n’aurais jamais d’orgasme et qu’il fallait l’accepter (« il y a des femmes qui n’ont jamais d’orgasme de leur vie et vous en faites partie, voilà tout »).
Alors quand nous sommes sortis ensemble, il savait que j’avais été excisée. Et je n’ai pas eu à vivre ce moment, que je suppose très très difficile, de la révélation de son excision à son amoureux.
La conversation a beau s’être terminée sur un chuchotement de sa part (« je te rappelle dans la semaine ») qui m'a laissé penser qu’elle voulait peut-être enfin parler de son excision avec moi, je me sentais accablée.
Mais qu’est-ce qu’elle va faire?
Mince de mince, je suis triste pour ma sœur.
Et je ne sais plus quoi faire de notre hache de guerre.
* je l'ai appelé et il faut bien arrêter le Brexin au bout de dix jours
samedi 26 mai 2007
Il est quand même là
Mon père m’a appelée ce matin.
J’ai été surprise. Il est actuellement au Sénégal et je pensais que cela constituerait un excellent prétexte pour ne pas me contacter. Je n’avais pas eu de nouvelles de lui depuis le 16 Mai au soir, lorsque ma mère me l’a passé au téléphone. J’avoue qu’il ne m’a pas manqué, vu cet horripilant ton neutre qu’il avait.
Au contraire, je lui en voulais beaucoup de ne pas réussir à faire tomber ses barrières pour se rapprocher de moi en une telle occasion. Non mais franchement ! Il fallait quoi pour qu’il fasse un pas vers moi ? Que je sois à l’article de la mort ?
Bien sûr, je me suis répété qu’il n’allait pas changer comme par enchantement, juste à la lecture de ma lettre, et me parler de ses sentiments et de ses émotions. Je me suis dit et redit que ça touchait à un souvenir douloureux pour lui. Mais quand même ! Il s’agissait de moi et d’être là pour moi. Ca ne me semblait pas si insurmontable que ça.
Ces derniers jours pourtant, ma colère avait diminué pour laisser de la place à la déception. Mon père me décevait. Plus de général, plus de piédestal. Juste un homme et ses limites. Plus de pouvoirs magiques, plus d’héroïsme. Juste un homme qui n’exprime pas ses émotions. Même pas cette satanée fierté dont il me nourrit d’habitude. Ah ça, j’étais vraiment dépitée.
Du coup, quand je l’ai entendu me demander comment se déroulait ma convalescence, la joie et la reconnaissance que j’ai éprouvées m’ont vraiment surprise.
Ça m’a fait tellement plaisir qu’il aborde la question de lui-même que je ne me suis pas dérobée. Bon, je ne suis pas entrée dans les détails mais je lui ai dit comment je me sentais aujourd’hui, je lui ai expliqué que j’ai eu très mal au début, que je ne pouvais pas marcher mais qu’aujourd’hui la douleur et les tiraillements étaient loin et que j’avais retrouvé une démarche normale bien que lente…
Je suis ra-vie qu'il ait téléphoné. Là, en relatant cet appel, je souris encore.