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vendredi 29 juin 2007

Bilan des six semaines

Mercredi, ça a fait six semaines que j’ai été opérée. L’heure est venue de faire un petit bilan.



Douleurs : 1/10


Ma période de souffrances post-opératoire est loin derrière moi. Elle n’a finalement duré qu’une dizaine de jours. Ensuite, pendant deux ou trois semaines, il y a eu les tiraillements et un sérieux inconfort quand je restais debout trop longtemps, voire une douleur diffuse mais bien présente si vraiment je poussais le bouchon trop loin.

Mais bon, ça ne m’est pas arrivé plus d’une fois ou deux (j’apprends très vite à me ménager quand l’alternative implique de souffrir). Enfin, il y a eu la détestable période de repousse des poils. J’ai eu furieusement envie de me gratter durant une semaine à peu près.

Mais maintenant, la guerre du mal physique est terminée. J’ai étrangement presque oublié ce que ça faisait.


Alléluia.


Cicatrisation : 8/10


Mon clitoris est toujours bien rose.

En revanche, toute la zone autour a retrouvé une couleur normale. L’ensemble de mon intimité a d’ailleurs dégonflé et n’est pratiquement plus sensible.

En parlant de sensibilité, contrairement à ce que je croyais, je ne sens pas encore mon clitoris «de l’intérieur». Je n’ai plus mal, je le sens «de l’extérieur» quand je croise les jambes, mais c’est tout pour l’instant. Je patiente, je patiente.

Je continue à faire des toilettes intimes avec de la Bétadine diluée. Le plus souvent, c’est 4 fois par jour mais il m’arrive de plus en plus souvent d’oublier la séance de fin d’après-midi et de me cantonner à 3 nettoyages.


Normalement, ce traitement devrait être modifié la semaine prochaine. J’ai rendez-vous avec le docteur Foldès et il m’a dit qu’il me prescrirait une crème pour parachever la cicatrisation. J’espère qu’il n’y aura plus autant d’ablutions intimes à faire, parce que j’en ai assez, là.


Les fils ne sont toujours pas tombés. Ils vont s’incruster dans mes chairs si ça continue, j’en suis sûre.


L’autre grande contrariété que j’éprouve, c’est que je ne distingue toujours pas mes petites lèvres. Soit je suis plus que nulle en anatomie féminine (et pourtant je me suis documentée), soit il y a un problème et elles sont encore trop gonflées. Du coup, la peau étant tendue, elles se fondent dans les grandes lèvres et c’est pour cela que je ne les vois pas. Enfin, c’est la théorie que j’ai élaborée ce matin. Verdict la semaine prochaine.


Démarche : 9/10


J’ai retrouvé ma démarche. J’irai même jusqu’à dire qu’elle est plus féminine, vu que mettre des jupes me fait remuer du popotin. En réalité, j’aime de plus en plus ça, me balader en jupe ou en robe. Je m’habitue de plus en plus à l’aspect de mes jambes (leur joliesse doit dépendre du point de vue. Vu de ma fenêtre, elles sont un peu bof, mes jambes, quand même). J’irai presque jusqu’à dire que j’aime ma silhouette en jupe…


Seulement, si j’ai retrouvé ma vitesse de croisière lorsque je marche, je ne cours pas encore vraiment. Je n’ose pas y aller franco et je me contente de trottiner précautionneusement. Même sous une pluie battante. C’est dire à quel point j’ai peur de me faire mal. Il va pourtant bien falloir que je me lance un jour, mais pour l’heure, j’ai la frousse.

Moral : 7/10


J’ai des hauts et des bas. Pas d’euphorie ni de grosse déprime mais bon, mes démêlées avec mes parents ont laissé des traces. Ca fait 3 semaines que je ne leur ai pas parlé et je n’en ressens pas du tout l’envie, là. Je suis comme blasée. J’ai besoin de mettre cette distance entre nous. Mais je ne sais pas jusqu’à quand et ce qu’il y aura au bout.

Du côté de ma thérapie aussi, j’ai mis mes parents de côté. Il me faut le temps d’assimiler ce qui s’est passé ces derniers temps. En ce moment, je travaille sur les mythes que je me suis construit pour maintenir mon estime de moi-même à flot. J’en suis à un stade où elle n’a plus besoin de ces bouées et il faut que je m’en défasse. C’est drôlement difficile, je trouve. Parce que j’ai peur de ce qui se passera quand il me faudra avancer sans ces béquilles. C’est comme lorsqu’on enlève les petites roues au vélo d’un enfant…

Avec le recul, je réalise l’aide inestimable qu’a été la possibilité de mettre des mots sur ce que je ressens. Chez ma psy, bien entendu. Et aussi ici, sur ce blog. Je crois vraiment que j’aurais pu m’empoisonner en n’élaborant pas toutes ces choses qui m’ont traversées par le passé et encore maintenant…



Sexe : 3/10


Je m’inquiète de plus en plus par rapport à la reprise, imminente j’espère, de ma vie sexuelle. Ca nous manque, à mon homme et à moi.

Mais j’ai très peur que le méli-mélo corporel me fasse mal. Déjà, le frottement contre mon clitoris me glace d’effroi. Vu l’effet que me fait un pauvre jean, je n’ose imaginer ce que la peau et les mouvements de mon chéri pourraient causer comme douleur. En fait, pour l’heure, j’associe tout contact avec mon clitoris à une idée de douleur intense.

A la limite la pénétration me fait moins peur, vu qu’il y a des positions qui permettraient qu’il n’y ait pas trop de frottement avec mon clitoris. Mais même là, j’appréhende beaucoup.


Je crois que j’ai, en outre, besoin du feu vert du docteur Foldès avant de me lancer. Je veux être sûre que je ne cours aucun risque sur le plan médical. Je ne veux pas avoir de complications ou je ne sais quoi de désagréable et que j’aurais pu éviter en ne batifolant pas à tort et à travers.


Forme Physique : 6/10


Je ne sais pas si c’est lié, mais je suis épuisée. Franchement crevée même. C’est simple, je me traîne. C’est comme si, après une tension soutenue, je m’étais relâchée et que j’accusais le coup. J’ai tout le temps sommeil et je m’endors dès que je suis allongée. Vivement les vacances…



Sport : 0/10


J’en suis la première étonnée mais mes séances (sporadiques, je l’avoue) de piscine ou de jogging me manquent.

Pourtant, j’attends de voir le docteur Foldès avant de reprendre mes activités. Je ne veux pas retourner à la piscine et chopper une horreur qui m’obligerait à suivre un traitement pendant encore de longues semaines.



Arrêt du tabac : 6/10


J’ai craqué.

Plusieurs fois.

C’est nul, je sais, je sais.

Je crois qu’avant l’opération, j’avais trop peur que le fait de fumer puisse nuire à ma reconstruction (ça pouvait entraver la cicatrisation) et je me tenais à carreau.


Maintenant que j’ai été opérée et que je ne suis pas morte sur la table, je n’ai plus d’épée de Damoclès suspendue au dessus de la tête.


Alors bon, à l’occasion de fêtes, j’ai fumé une ou deux cigarettes, bêtement, dans la liesse du moment.

Ensuite, j’ai racheté un paquet que j’ai entièrement fumé.

Ce n’est pas bien du tout, je sais, je sais.

Je suis toute contrite. Je vous assure que je me flagellerais si je n’avais pas ce petit problème d’intolérance à la douleur. J’ai honte. Et encore plus depuis le regard déçu que m’a lancé mon homme quand il m’a prise sur le fait.


Je suis patchée de nouveau depuis quelques jours, je ne veux pas retomber dans cette addiction.


Surtout que je me demande si ça n’explique pas le fait que ma cicatrisation n’est toujours pas finie après les 6 semaines prévues.

lundi 18 juin 2007

Enfin nomade!

Mon meilleur ami a souvent de très bonnes idées.

Dernièrement, il en a eu une qui m’a libérée de ma salle de bains.

Comme je vous l’avais dit, il me faut faire une toilette intime 3 à 4 fois par jour. Et rincer abondamment à chaque fois.

A la longue, j’ai fini par prendre le pli. De «chiantissime», ce rituel est passé à «un peu pénible».

Même depuis que j’ai repris le travail, je ne déroge pas aux prescriptions du docteur Foldès et je continue de prendre 4 demi-douches par jour.

En fait, je pourrais me contenter de faire 3 toilettes intimes par jour (une le matin, une en rentrant du travail et une le soir avant d’aller me coucher). Après tout, il m’a reprécisé « 3 à 4 fois par jour », à ma dernière consultation. Mais bien évidemment, mon côté « bonne élève » me pousse à en prendre 4. Dans « 3 à 4 fois par jour », moi j’entends 4 fois mais bon, si ce n’est que 3 fois, ça va quand même.

Du coup, quand j’ai recommencé à travailler, je rentrais chez moi tous les midis pour faire mon soin.

Ce qui me coinçait un peu. Impossible de faire quoi que ce soit à l’heure du déjeuner et l’aller-retour me prenait bien 1h30 (déjeuner compris).

L’autre jour, j’ai déjeuné avec mon meilleur ami et il est apparu que la contrainte venait en réalité du fait de devoir rincer abondamment. On ne peut pas rincer abondamment ses parties intimes dans des toilettes (sauf si elles sont équipées de ces nouveaux trônes de luxe venus du Japon avec options siège chauffant et fontaine de rinçage comme j’en ai déjà vues, mais ce n’est pas le cas des toilettes de mon lieu de travail).

Et bien mon meilleur ami m’a suggéré d’emporter avec moi une pissette (vous savez, ces récipients de laboratoire avec une sorte de bec recourbé dont se servent les chimistes?).

Avec ça, j’avais possibilité de rincer abondamment et en toute discrétion dans n’importe quelles toilettes.

Le soir même, au supermarché, l’idée s’est affinée : puisqu’il s’agissait de pouvoir avoir une sorte de fontaine portative, je pouvais aussi prendre une bouteille d’eau avec un bouchon « spécial sportifs » (ceux qu’on tire avec les dents pendant qu’on court et qui permettent, en pressant la bouteille, de faire sortir l’eau en jet).

J’en ai essayé plusieurs. Certaines bouteilles étaient trop dures (du coup, quand on appuie, on n’a pas de fontaine, il faut incliner la bouteille vers le bas pour avoir un ersatz de jet très en deçà de mes attentes). D’autres étaient plus souples, je pouvais appuyer plus fort ce qui générait un magnifique jet tout en tenant la bouteille à l’endroit (tête vers le haut), mais elles étaient d’une contenance trop faible à mon goût (25 cl).

Selon moi, l’idéal serait d’avoir un litre d’eau à disposition.

En attendant d’essayer la pissette de mon ami, j’ai choisi une bouteille de 50 cl et je dilue beaucoup la Bétadine, ce qui fait qu’il y a moins à rincer.

Du coup, je me balade maintenant avec mon petit sac rose contenant une petite bouteille de Bétadine rouge, un gobelet (pour le mélange Bétadine-eau), quelques compresses stériles, ma bouteille à bouchon « sport », des mouchoirs tous doux et une ou deux serviettes hygiéniques douces.

Je suis enfin libre de faire ce que je veux de mes heures de table.

Les soins, que je dois continuer jusqu’au 4 juillet au moins, sont nettement moins contraignants maintenant que je peux les faire n’importe où.

C’est l'euphorie, là!

mercredi 6 juin 2007

Visite de contrôle

Lors de sa visite éclair le lendemain de l’opération, le docteur Foldès m’avait indiqué qu’il fallait que je revienne le voir dans les 2 à 3 semaines suivantes. Il suffisait d’appeler le secrétariat de sa consultation pour savoir quand il était là et de se présenter, sans rendez-vous.

Lundi matin, j’ai donc appelé la clinique Louis XIV. Sa secrétaire m’a annoncé que, cette semaine, le docteur Foldès consultait lundi après-midi et mardi après-midi à partir de 14h.

Je n’avais pas du tout envie d’y aller. Tellement pas qu’au lieu de me précipiter dès le lundi après-midi, j’ai décidé de n’y aller que le mardi. Le mardi après-midi, je suis arrivée pile à l’heure et non pas au moins une demi-heure à l’avance comme j’en avais l’habitude.

En allant vers la clinique, j’essayais d’analyser ma réticence. Déjà, il y avait le fait que le docteur Foldès m’impressionne beaucoup. Et puis il y avait aussi cette autre composante que je n’arrivais pas à formuler. Tout ce que j’en saisissais, c’était que je n’avais aucune envie de rencontrer d’autres patientes du docteur Foldès.

Quand je suis entrée dans la clinique, j’ai croisé le regard d’une femme assise à la place à laquelle j’avais attendu qu’on vienne me chercher le jour de mon admission, la veille de l’opération.

Elle était noire. Et je n’ai pas pu m’empêcher de penser qu’elle était sûrement venue se faire opérer par le docteur Foldès.

Chassant cette pensée, je montais les quelques marches qui conduisaient au secrétariat des chirurgiens.

Et là, bingo, je tombe sur le docteur Iceberg. Toujours aussi expressif qu’une porte de prison, il ne m’a pas reconnue. C’est à peu près à ce moment-là qu’une boule est apparue dans ma gorge et que mon moral a commencé à vaciller sérieusement.

La secrétaire du docteur Foldès a noté mon nom dans la marge de son cahier. Du coup, je n’avais aucune idée du temps que j’aurais à attendre.

Je pensais que je serais prioritaire mais, une fois installée dans la salle d’attente bondée et étouffante, j’ai aperçu le chirurgien qui parlait à sa secrétaire. J’ai senti tout mon corps se crisper et j’ai été drôlement soulagée de l’entendre appeler un homme âgé. Finalement, je préférais passer après tous ceux qui avaient rendez-vous.

Le docteur Foldès est urologue à la base. Ça m’est revenu à l’esprit quand, par deux ou trois fois, il est venu chercher un homme dans la salle d’attente.

Pendant ce temps, la salle d’attente ne désemplissait pas, bien au contraire. Il n'y avait plus une seule chaise libre et les nouveaux arrivants se pressaient debout, le long des cabines isolant les secrétaires des chirurgiens de la salle d’attente.

En voyant apparaître des femmes noires, j’ai de nouveau immédiatement pensé qu’elles étaient des patientes du docteur Foldès. Ce qui m’a été confirmé par leur passage devant la secrétaire du chirurgien.

Une jeune femme d’à peu près 25 ans, la tête enturbannée est arrivée la première, suivie de très près par une femme d’une cinquantaine d’années. Puis une très jeune fille (elle avait l’air à peine majeure) est entrée d’un pas énergique dans la salle d’attente. Quelques minutes plus tard, une autre femme d’une vingtaine d’années est arrivée, accompagnée d’une femme qui pouvait être sa sœur ou sa copine.

Ces femmes ont sans doute été excisées elles aussi. Et elles aussi venaient sans doute faire réparer leur sexe mutilé.

Je les étudiais pour savoir à quelle étape de la longue démarche de reconstruction elles en étaient. Les dernières arrivées portaient des jeans slims et croisaient les jambes. Les deux premières portaient elles des vêtements amples mais avaient une démarche alerte. J’en ai donc déduit que soit c’était leur première consultation, soit cela faisait plus de 6 semaines qu’elles avaient été opérées et elles venaient pour un contrôle.

La boule dans ma gorge grossissait, mon moral sombrait. Je me sentais vulnérable et triste. Pour moi, pour elles. Chaque femme noire présente était vraisemblablement une femme excisée. Je trouvais ça affligeant.

Nous n’étions pas des patientes comme les autres dans cette salle d’attente. A la différence des autres, venus combattre un coup du sort, nous étions là pour réparer une abomination qui nous a été infligée par la main ou par la volonté d’un des nôtres, d’un membre de notre famille.

Et on se tapait toutes ces démarches, ces allers-retours à Saint-Germain-en-Laye, ces tiraillements, cette peur, ces angoisses, pour raccommoder notre dignité saccagée sans notre consentement.

Purée, ça m’indignait à tel point que la boule dans ma gorge a doublé de volume et que mon moral a chuté vers les abîmes de la déprime. J’avais envie de pleurer.

A ce moment-là, j’ai pensé que je voudrais bien que mes parents me demandent pardon un jour.

Perdue dans ces noires idées, j’ai à peine entendu le docteur Foldès m’appeler et je n’ai pas eu le temps d’avoir peur.

Dans son cabinet, le docteur Foldès m’a souri, ce qui m’a mis un peu de baume au cœur. Il m’a demandé quand j’avais été opérée. Il ne se souvenait pas de moi et ça m’a curieusement soulagée. J’avais très envie d’être une anonyme banale venue se faire examiner, pas une victime d’excision. Je n’étais plus une femme excisée. C’était fini.

Sur son bureau, il y avait une fiche d’information concernant une jeune femme malienne née en 1988 et excisée à l’âge de 5 ans. Ça a plombé mon moral déjà pas bien vaillant.

Il m’a demandé de monter sur sa table d’examen et de plier les jambes. Puis il a procédé à un examen rapide. « Superbe ! C’est parfait ! » a-t-il dit. Ça m’a fait plaisir, je me sentais toute fière. « Ça cicatrise bien, autant les petites lèvres que le clitoris. C’est très bien ».

Il a ajouté que c’était normal qu’il y ait un trou devant (mais quel trou au juste ? Je sens qu’il va falloir que j’explore de nouveau avec mon miroir, je ne voyais absolument pas de quoi il me parlait, là) et que ça coule encore un peu.

Il m’a recommandé de continuer à nettoyer 3 ou 4 fois par jour toute ma zone génitale avec de la Bétadine très diluée.

Puis il m’a expliqué que cette visite était une visite de contrôle, juste pour vérifier que tout allait bien. Et là, tout allait bien.

Il m’a ensuite dit qu’il fallait qu’il me revoie d’ici 3 à 5 semaines. Cette consultation serait très importante, essentielle même, car il me prescrirait alors un autre traitement.

Il m’a souri encore et mon moral a repris du poil de la bête. J’étais même assez contente et rassurée. Finalement, toutes ces galères valaient le coup…

J’ai pris rendez-vous pour le 4 juillet avant de partir.

En repartant vers la gare RER, j’étais partagée entre la joie de savoir que ma cicatrisation se passait bien et une flambée de colère contre cette mutilation.

Purée, je VEUX que mes parents me demandent pardon.

J’ai besoin que quelqu'un me demande pardon pour le mal qu’on m’a fait...

mardi 22 mai 2007

Analyse de la douleur

Aujourd’hui, je marche presque normalement. Presque. Parce que je me tiens bizarrement quand je suis debout. J’accentue ma cambrure et du coup, bien évidemment, j’ai mal au dos au bout de quelques minutes à la verticale.

La décroissance quotidienne de la douleur a été la bonne surprise de mes réveils depuis vendredi. Je ne peux même plus vraiment parler de douleur, à l’heure où j’écris ces mots. C’est plutôt de tiraillement qu’il s’agit. Du coup, je me suis mise à ignorer mes meilleurs amis les antidouleurs.

Pourtant, contrairement à ce qu’on pourrait croire, ce n’est pas mieux d’être tiraillée que d’avoir mal. Loin de là, même.

Le tiraillement a ceci d’angoissant que j’ai l’impression que quelque chose pourrait céder, causant une hémorragie ou bousillant tout le travail du chirurgien. Alors je suis attentive à mes sensations, je change de position dès que je sens une augmentation de la tension dans la région opérée. Lorsque je m’assieds ou que je m’allonge, il me faut une ou deux minutes pour trouver une posture confortable. Et donc, debout, je me tiens d’une manière qui minimise la contracture tout en me permettant de trouver mon équilibre, au détriment de mon dos.

La douleur et les picotements ont pourtant une utilité: ce sont eux qui me rendent assidue dans les soins que je dois me prodiguer. En effet, je dois faire une toilette intime 4 fois par jour avec des compresses stériles trempées dans de la Bétadine rouge diluée. Et il faut que je rince abondamment. Ce qui revient à utiliser mon pommeau de douche. Et donc à prendre une demi-douche à chaque fois. Quatre fois par jour. Au réveil (bon, là, ce n’est pas trop contraignant, c’est vrai, puisque je prends une douche complète de toute façon), vers 14h, puis vers 19h et enfin, avant d’aller me coucher. C’est chiant, je le dis tout net. Alors, heureusement qu’il y a eu cette douleur, et qu’il y a maintenant ces tiraillements. Si je n’avais rien senti du tout, ça aurait été très dur de ne pas faire sauter quelques-uns des soins.

Le clitoris est un organe très long (11 cm à peu près) dont seul un petit centimètre se trouve à l’extérieur du corps. L’excision consiste à couper ce bout qui dépasse, en ravageant souvent les petites lèvres au passage.

Pour effectuer la réparation, le chirurgien a donc ôté la cicatrice résultante de mon excision, puis il a incisé et dégagé mon clitoris. Il a reconstitué un gland clitoridien au bout, qu’il a ensuite repositionné afin de le faire dépasser. Pour que le clitoris ne reprenne pas sa position antérieure (qu’il ne « rentre » pas de nouveau), il a « calé » et suturé avec du fil résorbable l’avant des grandes lèvres pour qu’elles le maintiennent comme il l’a placé*.

Dans mon cas, il a aussi injecté un produit dans les petites lèvres, afin qu’elles reprennent leur aspect normal.

D’où les tiraillements et la douleur. Toute ma zone génitale est gonflée, tendue et sensible. J’ai aussi quelques pertes rosâtres (rien à voir avec l’hémorragie que j’avais imaginée lorsque j’ai vu les serviettes hygiéniques géantes de la clinique mardi soir, ni avec des règles non plus) mais le flux est très peu abondant.

Lors de mes toilettes intimes quotidiennes, j’utilise un petit miroir pour voir comment les choses évoluent. Avant-hier, pour la première fois, j’ai aperçu un petit bouton rose entre mes grandes lèvres. Mon clitoris. Ce petit bout de chair, c’était mon clitoris !

La vache ! J’en suis restée bouche bée.

J’étais tellement obnubilée par la douleur, depuis ma sortie de la clinique, que j’avais complètement mis de côté une partie de la réalité : J’AI RETROUVE MON CLITORIS ! Pour de bon !

La vache, la vache, la vache, c’est géniaaaaaal!!

Alors c’est sûr, je ne le sens pas du tout pour le moment. Il va me falloir attendre que la douleur, les picotements et les tiraillements plient bagage pour de bon. Ce qui devrait se faire d’ici mercredi prochain au plus tard. A ce moment-là, je crois que je percevrai sa présence (et ça va sûrement être trèèèès bizarre de sentir que j’ai un organe en plus). Pour ce qui est de sa sensibilité propre, de le « sentir de l’intérieur », ça devrait survenir après les 6 semaines de cicatrisation.

Encore que je ne sais pas trop à quoi m’attendre pour ce qui est de la cicatrisation de mes petites lèvres…

Je ne suis pas pressée de savoir ce que je vais ressentir. Pour l’heure, mon urgence, ce que j’attends avec impatience, c’est le moment où je n’aurai plus aucune sensation désagréable.

Je comprends parfaitement, maintenant, ce que cette femme a voulu dire lorsqu’elle a déclaré « se sentir toujours excisée dans sa tête, malgré l’opération ». Pour le moment, je n’ai pas l’impression que quoi que ce soit ait changé dans mon corps, il y a ces désagréments qui m’empêchent de le sentir et donc de réaliser. Et il n’y a pas encore de changements notables dans ma tête. Elle a bien enregistré la théorie de ce qui est arrivée la semaine dernière, elle sait que mon corps est reconstruit, mais ça reste encore abstrait.

Je patiente, je patiente, je sais bien que ça viendra…



*sources :

- Victoire sur l’Excision, Pierre Foldès, le chirurgien qui redonne l’espoir aux femmes mutilées, l’excellent livre d’Hubert Prolongeau (Editions Albin Michel)

- Urofrance, le site de l’urologie française

- Excision - On peut soigner les femmes victimes d’excision - Doctissimo


lundi 21 mai 2007

De l'autre côté du miracle

Quand j’ai ouvert les yeux, j’étais dans un lit, dans une autre pièce. Et j’avais horriblement mal. J’ai pleuré en répétant « J’ai mal » et l’infirmière, qui, deux minutes avant m’avait affirmé que « non, je n’avais pas mal » (quand j’y repense, je suis à nouveau toute énervée), m’a mis une perfusion pour atténuer la douleur.

Je crois que l’opération a duré une vingtaine de minutes et mon anesthésie une heure à peu près.

Je ne me souviens pas bien du trajet jusqu’à ma chambre, j’étais comme dans du coton. Ma voisine de chambre n’était pas là. Je ne me rappelle pas son retour. Je somnolais, je me sentais très fatiguée, j’avais mal…

Je me souviens toutefois de ma voisine qui exigeait quelque chose à manger et des explications des infirmières (il faut attendre plusieurs heures avant de manger, le temps que l’anesthésie générale s’estompe totalement, sous peine de s’étouffer en avalant de travers). Et je me rappelle aussi qu’une infirmière a pris ma tension 3 ou 4 fois dans la journée.

Le premier de mon entourage à se manifester fut mon homme. Il est venu me voir vers 16 heures, juste au moment où on nous apportait le goûter (compote de pommes, deux petits beurres et une madeleine). J’ai été si contente de le voir que j’en aurais pleuré quand il est parti.

Ensuite j’ai reçu des coups de téléphone. De mon meilleur ami d’abord. De ma cousine ensuite. Puis de ma mère. Je lui avais donné le numéro de la clinique mais je ne pensais pas qu’elle m’appellerait.

Je n’arrive toujours pas à savoir exactement ce que j’ai ressenti en l’entendant, mais il y avait une pointe de soulagement, en tout cas, et aussi de la joie. Elle m’a posé plein de questions, comment ça s’était passé, comment je me sentais, est-ce que j’avais mal, quand est-ce que je sortirais, etc… Elle m’a recommandé de bien me faire expliquer la marche à suivre une fois que je serais rentrée à la maison. Ça m’a vraiment fait plaisir que ma mère s’intéresse comme ça à moi, ça m’a touchée. C’était plutôt nouveau pour moi.

Ma mère m’a ensuite passé mon père, qui venait de rentrer. Il avait toujours ce ton distant, gêné. Il ne m’a pas beaucoup parlé, juste demandé si ça allait, je crois. Là encore, je ne me souviens pas bien des mots que nous avons échangés. Je n’avais pas envie de lui parler, je lui en voulais de son ton, de cette distance que je sentais, de cette rigidité.

Dire que j’avais peur qu’il m’engueule, je trouve sa quasi indifférence pire, finalement. Je suis déçue quand je pense à mon père. Déçue et en colère.

La nuit fut difficile, j’ai mis beaucoup de temps à m’endormir, contrairement à ma voisine de chambre. J’avais mal, malgré les cachets antidouleurs qu’une infirmière est venue m’apporter. J’avais envie de faire pipi mais je n’osais pas, j’avais peur d’avoir encore plus mal. Et puis il y avait cette serviette hygiénique géante qui me gênait aussi.

Le lendemain matin, j’étais à nouveau très impatiente. J’avais envie de rentrer chez moi. Vite. Une infirmière est passée nous prévenir que le docteur Foldès allait venir nous voir et qu’il fallait attendre de l’avoir vu avant de quitter la clinique.

En l’attendant, j’ai un peu bavardé avec ma voisine de chambre. Elle a 36 ans et 4 enfants d’un premier mariage malheureux. L’opération, dans son cas, c’était parce qu’elle se sent frustrée, sexuellement. Et aussi parce qu’elle a peur que son second mari la quitte si elle n’est pas plus « enjouée » au lit. Elle m’a dit qu’à chacun de ses accouchements ou à chaque fois qu’elle a eu l’occasion de voir un gynécologue, elle a demandé, en vain, s’il était possible de faire quelque chose pour elle et son absence totale de plaisir. Elle avait entendu parler du docteur Foldès à la télévision et avait appelé dès le lendemain pour prendre rendez-vous.

Le docteur est passé en coup de vent. Il nous a remis, à ma voisine et à moi, une ordonnance et une fiche intitulée « Suites immédiates de la chirurgie réparatrice du clitoris ». Puis il m’a fait un arrêt de travail jusqu’au vendredi 25 Mai. Il nous a ensuite expliqué très vite les soins à faire puis est reparti. Je n’ai pas eu le temps d’écrire ce qu’il m’a dit, je n’ai pas eu le temps de lui dire que j’avais plus mal du côté gauche de mon sexe que du côté droit, je n’ai pas eu le temps de lui demander si c’était normal.

Avant de partir, il nous a dit d’appeler dans 3 semaines pour savoir quel jour il consulte et de nous présenter, sans rendez-vous, un jour où il serait là.

Quelques minutes plus tard, suite à un appel de l’accueil de la clinique, je suis descendue (à une allure de tortue, ça faisait assez mal, quand même) régler le dépassement d’honoraire de 300 euros du chirurgien et les 9 euros que m’ont coûté le téléphone et la télévision.

Mon homme est arrivé au moment où la jeune femme de l’accueil me remettait un bordereau de signature patient / assuré et un bordereau d’hospitalisation en trois exemplaires chacun (un pour moi, un pour la sécurité sociale et un pour la mutuelle).

J’étais d’excellente humeur, je gazouillais dans l’escalier avec mon chéri, en remontant chercher mon sac. Je ne pouvais pas m’empêcher de sourire, tellement j’étais heureuse. J’avais envie d’étreindre tout le monde. Pourtant, l’ambiance était étrange. La clinique était très calme en ce jeudi férié, j’avais l’impression qu’il n’y avait personne à part la jeune femme qui tenait l’accueil et les patientes du docteur Foldès qui circulaient dans le couloir (je les ai reconnues à leur démarche, si semblable à la mienne).

J’en ai croisée une dans l’escalier en redescendant. Je lui ai souri mais elle avait un air lugubre que je n’ai pas compris. La vie était si belle, comment était-ce possible d’être triste ?

Mon homme m’a emmenée à la pharmacie dès notre arrivée à Paris. J’ai acheté :

- du Brexin (1 comprimé à prendre chaque matin pendant 10 jours)

- du Di antalvic (2 à 4 comprimés par jour en cas de douleurs)

- Un flacon de Bétadine rouge et un paquet de cent compresses stériles (je dois faire ma toilette intime 4 fois par jour avec de la Bétadine diluée et des compresses et rincer abondamment ensuite)

- Un paquet de serviettes hygiéniques en coton tout doux

Puis il m’a emmenée dévorer une énorme entrecôte. Avec plein de frites. Pour me faire oublier la nourriture déprimante et plutôt légère au niveau des portions de la clinique.

Quand j’ai rallumé mon portable, j’avais un message de ma mère qui voulait savoir si j’étais bien rentrée et qui me répétait qu’elle était à 100% avec moi. Je l’ai rappelée, j’étais toute contente de bavarder avec elle. Je lui ai parlé de ma voisine de chambre, de la délicieuse entrecôte que je venais de manger, de mes soins… Avant de raccrocher, elle a remercié mon homme de s’occuper si bien de moi. Ça m’a fait très plaisir de la sentir si présente. C’était agréable. Je me sentais apaisée en raccrochant.

J’ai aussi appelé ma cousine. J’avais quand même eu le temps de demander au docteur Foldès comment devaient procéder les femmes habitant à l’étranger pour bénéficier de l’opération. En réalité, c’est plutôt simple : il suffit d’avoir une assurance qui fonctionne à l’étranger et qui prendra en charge les frais d’opération. Elle doit donc venir se faire examiner par le docteur Foldès qui lui établira un devis à remettre à son assurance. Dès que cette dernière aura donné son accord, elle pourra prendre rendez-vous pour se faire opérer.

Ma cousine était ravie. Et moi aussi.

Voilà comment se sont passées ces journées si essentielles. Je suis contente d’en avoir couché le détail ici. Pour moi, pour d'autres femmes excisées, pour mes enfants plus tard, pour tout le monde, en fait. Oui, je suis contente. Même si j’ai trouvé l’exercice curieusement difficile…