Ma cousine m'a dit se sentir inférieure, moins femme que les autres.
C’est un sentiment que j’éprouve aussi parfois : je me sens une féminité immature, grossière, primitive et maladroite par rapport aux autres femmes. J’ai, par exemple, ce sentiment face à ma sœur, qui, très naturellement, se maquille et porte des bijoux. Ce n’est du tout naturel chez moi. Parfois, ça me demande même un réel effort de me faire belle. D’ailleurs je me maquille peu, je ne porte pratiquement pas de jupes (sauf en été mais c’est parce que j’ai chaud) et je ne parle même pas de chaussures à talons. Je ne suis pas masculine, non plus, j'aime les vêtements, je fais attention à ma mise mais... Comment l'exprimer? Prenons une image: c'est comme si j'étais devant une grande commode qui recèlerait tous les articles pour femmes et que je n'ouvrais que les tiroirs les plus bas, ceux qui contiennent les basiques, les tops en cotons, les jeans pour femme, les petites baskets, etc... Les tiroirs du haut, eux, sont hors de ma portée, réservés aux "grandes", aux "vraies femmes" et contenant des choses beaucoup plus "pointues", des escarpins à talons, des recourbes-cils, des robes de créateurs, etc... J’ai longtemps pensé que les tiroirs qu'on choisit en tant que femme relevaient uniquement de sa personnalité, point barre. D'ailleurs, j'aime bien mes vêtements, je les choisis avec beaucoup de soin.
Ma cousine pense que son sentiment de manquer de féminité est lié à son excision, qu’on a stoppé net le développement de sa fierté d’être femme, le jour où on l'a mutilée.
Moi je ne sais pas. Mon manque de féminité peut avoir pour origine mon excision, ou ma relation distante avec ma mère, ou une accumulation d’événements dans mon histoire. Ce qui est sûr, c’est que j’ai surtout passé mon temps à dompter mes angoisses, par le passé et que pendant bien longtemps, le sujet ne m’intéressait pas.
Depuis le milieu de ma vingtaine, pourtant, j’éprouve une sorte de complexe à ne pas être féminine.
Parfois, souvent même, je tombe en arrêt devant une vitrine contenant de belles robes de femme fatale et des chaussures aux talons vertigineux ou j’admire le maquillage savant d’une femme assise en face de moi dans le métro et je me dis que j’aimerais bien, moi aussi, porter avec aisance de belles robes fluides et des escarpins haut perchés ou savoir me maquiller de la sorte. Mais je passe mon chemin, ou je me replonge dans mon livre en pensant que ce n’est pas pour moi, que sur moi, ces vêtements, ces chaussures ou ce beau maquillage seraient ridicules. Je me dit que je me sentirais gauche, comme déguisée et j'éprouve de la frustration et de la peine...
De temps en temps, j'essaie. Je mets une robe, des chaussures à petits talons, je me maquille... Mais mes tentatives pour être plus féminine me paraissent pathétiques tellement elles sont maladroites et tellement le résultat est loin de ce que j’aurais voulu. Ou alors, quand je ne me trouve pas grotesque, passée la phase d'euphorie et de gargarisme narcissique exhubérant (Mon Dieu que je me trouve belle! C'est bizarre mais c'est chouette!), m'habiller de manière très féminine et me maquiller devient vite un effort, je finis par ne plus y prendre plaisir du tout et, au bout de quelques jours, j'arrête les frais pour retourner à mes pantalons et mes godillots pour de longs mois.
En thérapie, j’ai donc commencé à chercher ce qu’était la féminité. En vain jusqu'à présent. Quelle que soit la manière dont j'abordais la question, la notion de féminité est toujours restée insaisissable et j’ai fini par plus ou moins laisser tomber.
Mais aujourd’hui, ça me taraude de nouveau. Qu’est-ce que la féminité? Comment puis-je faire pour être plus féminine? Est-ce parce que j'ai été excisée que je trouve le sujet si compliqué? Pourtant ma soeur n'a pas du tout ce genre de souci, la féminité est naturelle chez elle. Alors? Eh bien je ne sais pas trop qu'en penser, à vrai dire.
Pour creuser la question, j’ai cherché la définition de la féminité dans des dictionnaires et sur Internet.
Le Larousse dit de la féminité: "Caractère féminin. Ensemble des caractères propres à la femme ou jugés tels", ce qui ne m'avance pas beaucoup.
Quant au Petit Robert, la définition qu'il en donne est "Caractère féminin. Ensemble des caractères correspondants à une image biologique et sociale (charme, douceur...) de la femme", ce qui ne m'avance pas plus.
Sur Internet, j'ai lu les tentatives de définition de cette notion par plusieurs personnes et clairement, ce n’est pas évident. Voici quelques phrases que j’ai recueillies:
« Sentiment d'être conforme aux représentations du genre féminin de son milieu social, et d'en tirer parti pour soi-même et son entourage. »
« La féminité est moins une question extérieure qu'une attitude intérieure qui exhale à l'extérieur. »
« Une femme est féminine quand elle accepte réellement qu'elle est une femme, quand elle considère que c'est une force, un atout. Il n'y a rien de plus féminin qu'une femme qui se sent belle.»
« Ce sont son attitude, sa gestuelle et sa façon d’accepter son corps qui rendent une femme féminine. »
Ce que je comprends de tout ça, c’est que la féminité est une notion subjective. Mais je suis toujours dans le brouillard quand je tente de définir ma représentation de la féminité. Peut-être qu'avoir un rapport plus harmonieux avec mon corps va m'aider à devenir plus féminine? Peut-être que l'opération dont je vais bénéficier va m'y mener? Peut-être qu'après le 16 Mai, ce sera plus clair?
En attendant, je pose la question à la cantonade : Qu’est-ce que la féminité ? Qu’est-ce qui fait qu’une femme est féminine ou pas au juste ?
Et pour celles d'entre vous qui ont été excisées et qui veulent bien répondre, pensez-vous que votre excision a pu altérer votre féminité ou pas du tout?
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mercredi 4 avril 2007
mardi 3 avril 2007
Corps à coeur
A l’origine, j’ai entamé ma thérapie parce que je n’avais pas accès à mes émotions. Je ne savais pas identifier ce que je ressentais, je ne me connaissais pas du tout et je n’étais jamais sûre de rien ou plutôt j’étais sûre de ne pas être normale. J’avais l’impression d’être sur le chemin de la folie à force de me convaincre que l’émotion adéquate, l’émotion à ressentir dans une situation donnée était celle-ci ou celle-là.
Je rationalisais tout, à l’époque, mais j’avais la sensation d’être incomplète, comme à moitié vivante seulement. Comme à moitié morte déjà. J’ignorais complètement les manifestations physiques des émotions. Je ne savais pas que le corps aussi parlait.
Pour moi le corps n’était qu’un outil, une enveloppe, une mécanique. Pour moi, le corps était un soldat muet, prêt à endurer tout ce qu’il faudrait endurer pour survivre. Il était là et je ne lui devais rien si ce n’est de répondre à ses besoins primaires (le sommeil, la nourriture, la protection contre le froid, ce genre de choses), de l’entretenir un peu et de le soigner quand il était malade. En échange, il se devait d’être robuste et obéissant.
Mon corps n’a jamais pris le contrôle total de mon être. Par là, je veux dire que je n’ai jamais eu d’orgasme comme ceux dont j’entends la description et qui vous emportent dans un tourbillon sans que vous n’y puissiez rien.
Bien sûr, j’ai déjà eu du plaisir par mon corps. Bien sûr, il m’est déjà arrivé d’avoir peur au point d’être paralysée. Mais dans toutes ces situations où mon corps se manifestait, mon esprit fonctionnait et pouvait le contrôler, le faire taire. Mon corps ne s’est jamais imposé, il n’a jamais débordé mon esprit, il ne s’est jamais exprimé suffisamment fort pour que je l’entende. Je ne l’ai pas laissé faire.
Ma vraie richesse, celle que je chérissais, c’était mon mental, mon intellect, ma machine à penser et à analyser. Ce qui me rendait unique, ce qui allait me permettre de survivre et de me construire un avenir, ce qui m’aidait à vivre en société, à avancer dans la vie, c’était mon intelligence et mon intuition. Le moyen pour moi d’avoir une prise sur ma vie, de contrôler un peu ce qui m’arrivait, c’était mon esprit. Pour moi, le corps devait servir l’esprit, être son moyen d’interagir avec la réalité physique des choses, être sa monture, en quelque sorte.
Pourtant, mon corps a été la première victime de mon excision. Il a été blessé, mutilé, traumatisé. Il a dû abondamment saigner, il aurait pu mourir d’hémorragie. Mais il a survécu, il a cicatrisé, il a grandi et il s’est développé.
En réalité, je m’en rends compte, mon corps a toujours été, bien plus que mon esprit, le siège de mon envie de vivre.
Au fil de ma thérapie, j’ai appris à percevoir ses murmures, à distinguer ses réactions et à les écouter. Ca m’a rassurée, j’étais donc « normale » et pas en train de mourir à petit feu. Mais j’ai continué à ne pas tenir compte de ses messages jusqu’à ce que je réalise leur pertinence. J’ai lu dans le magazine Psychologies de ce mois-ci que « le corps ne ment pas, à l’inverse de l’esprit » et cette phrase m’a marquée.
Aujourd’hui, j’ai envie d’avoir un rapport différent avec mon corps, j’ai envie de le respecter, de faire attention à son rythme, à ses besoins, de l’aimer différemment. J’ai envie d’être prévenante et attentionnée avec lui, de ne pas le contraindre. J’ai envie de tendre l’oreille et d’écouter tout ce qu’il peut avoir à me dire. J’ai envie de me l’approprier comme la partie fondamentale de moi-même qu’il est.
C’est bientôt mon anniversaire. Depuis quelques années, j’ai pris l’habitude de poser un jour de congé. Le jour de mon anniversaire, c’est la trêve, je ne travaille pas, je fais la grasse matinée et je tâche de ne faire que des choses plaisantes. D’habitude, je vais au cinéma, je mange dans mon restaurant préféré, je fais la sieste, j’écris, je lis ou je bulle. Mais cette année, j’ai décidé de m’offrir un long massage du corps, un soin complet du visage, une manucure et un soin des pieds. Cette année, c’est mon corps qui sera à l’honneur. Il le mérite, c’est grâce à lui que je suis là et je ne l’en remercierai jamais assez.
Je rationalisais tout, à l’époque, mais j’avais la sensation d’être incomplète, comme à moitié vivante seulement. Comme à moitié morte déjà. J’ignorais complètement les manifestations physiques des émotions. Je ne savais pas que le corps aussi parlait.
Pour moi le corps n’était qu’un outil, une enveloppe, une mécanique. Pour moi, le corps était un soldat muet, prêt à endurer tout ce qu’il faudrait endurer pour survivre. Il était là et je ne lui devais rien si ce n’est de répondre à ses besoins primaires (le sommeil, la nourriture, la protection contre le froid, ce genre de choses), de l’entretenir un peu et de le soigner quand il était malade. En échange, il se devait d’être robuste et obéissant.
Mon corps n’a jamais pris le contrôle total de mon être. Par là, je veux dire que je n’ai jamais eu d’orgasme comme ceux dont j’entends la description et qui vous emportent dans un tourbillon sans que vous n’y puissiez rien.
Bien sûr, j’ai déjà eu du plaisir par mon corps. Bien sûr, il m’est déjà arrivé d’avoir peur au point d’être paralysée. Mais dans toutes ces situations où mon corps se manifestait, mon esprit fonctionnait et pouvait le contrôler, le faire taire. Mon corps ne s’est jamais imposé, il n’a jamais débordé mon esprit, il ne s’est jamais exprimé suffisamment fort pour que je l’entende. Je ne l’ai pas laissé faire.
Ma vraie richesse, celle que je chérissais, c’était mon mental, mon intellect, ma machine à penser et à analyser. Ce qui me rendait unique, ce qui allait me permettre de survivre et de me construire un avenir, ce qui m’aidait à vivre en société, à avancer dans la vie, c’était mon intelligence et mon intuition. Le moyen pour moi d’avoir une prise sur ma vie, de contrôler un peu ce qui m’arrivait, c’était mon esprit. Pour moi, le corps devait servir l’esprit, être son moyen d’interagir avec la réalité physique des choses, être sa monture, en quelque sorte.
Pourtant, mon corps a été la première victime de mon excision. Il a été blessé, mutilé, traumatisé. Il a dû abondamment saigner, il aurait pu mourir d’hémorragie. Mais il a survécu, il a cicatrisé, il a grandi et il s’est développé.
En réalité, je m’en rends compte, mon corps a toujours été, bien plus que mon esprit, le siège de mon envie de vivre.
Au fil de ma thérapie, j’ai appris à percevoir ses murmures, à distinguer ses réactions et à les écouter. Ca m’a rassurée, j’étais donc « normale » et pas en train de mourir à petit feu. Mais j’ai continué à ne pas tenir compte de ses messages jusqu’à ce que je réalise leur pertinence. J’ai lu dans le magazine Psychologies de ce mois-ci que « le corps ne ment pas, à l’inverse de l’esprit » et cette phrase m’a marquée.
Aujourd’hui, j’ai envie d’avoir un rapport différent avec mon corps, j’ai envie de le respecter, de faire attention à son rythme, à ses besoins, de l’aimer différemment. J’ai envie d’être prévenante et attentionnée avec lui, de ne pas le contraindre. J’ai envie de tendre l’oreille et d’écouter tout ce qu’il peut avoir à me dire. J’ai envie de me l’approprier comme la partie fondamentale de moi-même qu’il est.
C’est bientôt mon anniversaire. Depuis quelques années, j’ai pris l’habitude de poser un jour de congé. Le jour de mon anniversaire, c’est la trêve, je ne travaille pas, je fais la grasse matinée et je tâche de ne faire que des choses plaisantes. D’habitude, je vais au cinéma, je mange dans mon restaurant préféré, je fais la sieste, j’écris, je lis ou je bulle. Mais cette année, j’ai décidé de m’offrir un long massage du corps, un soin complet du visage, une manucure et un soin des pieds. Cette année, c’est mon corps qui sera à l’honneur. Il le mérite, c’est grâce à lui que je suis là et je ne l’en remercierai jamais assez.
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dimanche 18 mars 2007
Groupe de thérapie
J'ai passé un excellent samedi. Pourtant, ce n'était pas gagné: j'ai dû me lever tôt pour aller à ma séance mensuelle de groupe de thérapie et je n'avais absolument pas envie de m'y rendre et de passer la journée à écouter les autres progresser en restant mutique sur ce qui m'arrive.
Le problème c'était que soit je parlais de mon excision au groupe et alors je pourrais travailler sur les questions qui me turlupinent en ce moment et qui s'y rapportent (comme par exemple cette incapacité à me réjouir longtemps ou cette certitude que ma vie ne sera qu'une succession d'obstacles à franchir), soit je n'en parlais pas, ce qui m'épargnerait d'avoir à parler de quelque chose de difficile et d'intime mais alors, mon travail serait faussé puisque la base de mes angoisses ne serait pas connue.
Je savais que je ne pouvais pas ne pas leur en parler. D'abord pour moi, par respect pour moi et pour pouvoir continuer ma thérapie de groupe. Et ensuite pour eux, à qui j'ai dit en Janvier qu'il m'était arrivé quelque chose de terrible étant petite. Ce n'était pas juste de ne pas leur dire de quoi il s'agissait et de les laisser imaginer tout et n'importe quoi.
Seulement, je ne savais pas comment aborder le sujet, comment le leur dire. Jusqu'au moment où j'ai pris la parole, je n'avais toujours pas décidé si j'allais leur en parler. D'autant que tout le groupe n'était pas là (il manquait 3 personnes) et que bon, tant qu'à me jeter à l'eau, autant que ce soit une seule et unique fois.
Et puis j'ai ouvert la bouche. Et malgré ma peur, malgré mon indécision, je leur ai raconté tout ce qui s'est passé depuis la séance de Janvier. Les mots me venaient simplement et même si je me suis sentie au bord des larmes à plusieurs reprises, je n'ai pas eu à me forcer pour leur parler.
Je n'ai pas eu honte du tout. Je ne me suis pas sentie gênée non plus. Je les ai tous regardés dans les yeux, l'un après l'autre. Je trouve ça fou parce que ça n'a pas été difficile pour moi.Ca m'a fait un bien! J'étais super contente, vraiment ravie et je le leur ai dit.
Ils ont paru émus et m'ont remerciée de la confiance que je leur avais accordée. Certains m'ont dit qu'ils penseraient à moi le 16 Mai et qu'ils étaient sûrs que tout se passerait très bien pour moi.
Je suis très fière de ce que j’ai fait samedi.
Je suis fière de moi et je crois, à l'heure où j'écris ces lignes, que samedi, en parlant de mon excision et de ma future opération, je me suis un petit peu pardonnée d'avoir été excisée.
Le problème c'était que soit je parlais de mon excision au groupe et alors je pourrais travailler sur les questions qui me turlupinent en ce moment et qui s'y rapportent (comme par exemple cette incapacité à me réjouir longtemps ou cette certitude que ma vie ne sera qu'une succession d'obstacles à franchir), soit je n'en parlais pas, ce qui m'épargnerait d'avoir à parler de quelque chose de difficile et d'intime mais alors, mon travail serait faussé puisque la base de mes angoisses ne serait pas connue.
Je savais que je ne pouvais pas ne pas leur en parler. D'abord pour moi, par respect pour moi et pour pouvoir continuer ma thérapie de groupe. Et ensuite pour eux, à qui j'ai dit en Janvier qu'il m'était arrivé quelque chose de terrible étant petite. Ce n'était pas juste de ne pas leur dire de quoi il s'agissait et de les laisser imaginer tout et n'importe quoi.
Seulement, je ne savais pas comment aborder le sujet, comment le leur dire. Jusqu'au moment où j'ai pris la parole, je n'avais toujours pas décidé si j'allais leur en parler. D'autant que tout le groupe n'était pas là (il manquait 3 personnes) et que bon, tant qu'à me jeter à l'eau, autant que ce soit une seule et unique fois.
Et puis j'ai ouvert la bouche. Et malgré ma peur, malgré mon indécision, je leur ai raconté tout ce qui s'est passé depuis la séance de Janvier. Les mots me venaient simplement et même si je me suis sentie au bord des larmes à plusieurs reprises, je n'ai pas eu à me forcer pour leur parler.
Je n'ai pas eu honte du tout. Je ne me suis pas sentie gênée non plus. Je les ai tous regardés dans les yeux, l'un après l'autre. Je trouve ça fou parce que ça n'a pas été difficile pour moi.Ca m'a fait un bien! J'étais super contente, vraiment ravie et je le leur ai dit.
Ils ont paru émus et m'ont remerciée de la confiance que je leur avais accordée. Certains m'ont dit qu'ils penseraient à moi le 16 Mai et qu'ils étaient sûrs que tout se passerait très bien pour moi.
Je suis très fière de ce que j’ai fait samedi.
Je suis fière de moi et je crois, à l'heure où j'écris ces lignes, que samedi, en parlant de mon excision et de ma future opération, je me suis un petit peu pardonnée d'avoir été excisée.
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lundi 19 février 2007
La femme derrière l'excisée
J'ai 30 ans, je suis d'origine sénégalaise et je vis à Paris. J'ai un travail bien payé qui me permet de vivre confortablement. Je vis avec mon compagnon dans le sud de la ville.
Quand j'avais 4 ans, ma mère m'a faite exciser. Et ça a bousillé ma vie.
L'excision que j'ai subie, je n'en garde aucun souvenir, c'est ma cousine qui m'a dit à quel âge ça m'était arrivé. Je sais que j'ai été excisée en même temps que ma grande soeur. Ma mère pensait que nous ne nous en rappelerions plus ("les enfants oublient" a t'elle dit). Pourtant, bien que je ne me souvienne pas de ce jour-là ni de ce qui m'est arrivé, je savais, bien avant d'interroger ma cousine, que j'avais été excisée ainsi que ma grande soeur.
Pendant longtemps, je ne me suis pas posé de question, c'est quelque chose qu'on fait chez les Mandingues de Casamance. C'était comme ça, voilà tout.
Quand j'ai atteri chez une psychothérapeute il y a 6 ans, je n'y pensais pas non plus. Je souffrais, j'avais du mal à vivre, j'avais peur tout le temps qu'il m'arrive quelque chose, peur de mourir ou de devenir folle. Et surtout, je ne comprenais pas ce qui m'arrivait, pourquoi c'était si difficile de vivre. J'avais été une enfant sage, obéïssante, presque effacée. J'avais fait des études solides d'ingénieur, cherché du travail avec sérieux. J'avais toujours tout fait parfaitement, j'étais quelqu'un de bien, de gentil alors pourquoi avais-je l'impression tenace d'engager ma vie à chaque action, fut-elle anodine comme aller à la Poste? Pourquoi avais-je si peur? Pourquoi étais-je si triste? Pourquoi me sentais-je si seule?
C'est ma psy qui m'en a parlé la première. Une question, au bout de quelques mois. "Avez-vous été excisée?". Je lui ai dit "oui" puis je suis passée à autre chose. J'avais des problèmes à régler et l'excision me paraissait complètement déconnectée de mes angoisses et du gouffre dans lequel j'essayais de survivre.
Il a fallu plusieurs années de thérapie pour que j'accorde du crédit à ce que me disait ma psy, comme quoi l'excision était l'une des causes de mes problèmes. Il a fallu encore plusieurs mois pour que je comprenne à quel point elle avait raison.
En plus de ma thérapie individuelle, je suis, un samedi par mois depuis un an et demi, un groupe de thérapie. Lors de la séance de Janvier, j'ai voulu travailler sur une "tendance dont je voulais me débarrasser". Quand quelqu'un me parle d'une situation à laquelle il a dû faire face, ou même à laquelle il va devoir faire face, c'est plus fort que moi: je me demande si j'aurais pu m'en sortir, moi, dans la même situation. Je réfléchis avec inquiétude à la façon dont il faudrait que je m'y prenne. Et je n'arrête pas avant d'avoir trouvé. Une fois, un ami m'a dit qu'il voulait s'acheter une voiture. Hop, ma moulinette cérébrale s'est mise en route: "et moi, comment est-ce que je ferais pour m'acheter une voiture? A qui demanderais-je conseil?" alors que je n'ai aucun besoin de voiture, je n'ai même pas le permis! Je voulais me débarrasser de ce besoin incessant de vérifier si je me sortirais de n'importe quelle situation.
En clarifiant avec les thérapeutes, j'en suis venue à leur demander de m'aider à me débarrasser de l'angoisse de me retrouver un jour dans une situation dangereuse sans savoir comment me sauver. Et ça a déclenché des cascades de larmes... Je n'ai pas expliqué aux autres membres du groupe de thérapie mais j'ai tout de suite pensé à mon excision.
Ce que je voulais, c'était un moyen de m'assurer que je ne me retrouverai plus jamais dans une situation semblable à l'horreur de l'excision.
Depuis, je fais peu à peu face à cette excision qui a bousillé ma vie, cette monstruosité que j'ai voulu oublier, cette sauvagerie qui a eu un impact si important sur moi, tellement important.
J'ai cherché, sur Internet, des témoignages de femmes excisées. Je ne peux pas en parler à ma mère, c'est un sujet totalement tabou. Ma soeur refuse d'en discuter. Il n'y a eu jusqu'ici que ma cousine pour accepter de m'en parler. J'ai cherché pendant plusieurs semaines sur Internet, pour une récolte maigre, très maigre. Alors j'ai décidé d'écrire ce blog, d'y témoigner, d'aider, peut-être, une femme ou une jeune fille qui a été excisée et qui cherche d'autres femmes qui ont subi la même chose sur Internet. J'ai aussi besoin de mettre à plat le chemin que j'emprunte cette année, le chemin de ma reconstruction.
Quand j'avais 4 ans, ma mère m'a faite exciser. Et ça a bousillé ma vie.
L'excision que j'ai subie, je n'en garde aucun souvenir, c'est ma cousine qui m'a dit à quel âge ça m'était arrivé. Je sais que j'ai été excisée en même temps que ma grande soeur. Ma mère pensait que nous ne nous en rappelerions plus ("les enfants oublient" a t'elle dit). Pourtant, bien que je ne me souvienne pas de ce jour-là ni de ce qui m'est arrivé, je savais, bien avant d'interroger ma cousine, que j'avais été excisée ainsi que ma grande soeur.
Pendant longtemps, je ne me suis pas posé de question, c'est quelque chose qu'on fait chez les Mandingues de Casamance. C'était comme ça, voilà tout.
Quand j'ai atteri chez une psychothérapeute il y a 6 ans, je n'y pensais pas non plus. Je souffrais, j'avais du mal à vivre, j'avais peur tout le temps qu'il m'arrive quelque chose, peur de mourir ou de devenir folle. Et surtout, je ne comprenais pas ce qui m'arrivait, pourquoi c'était si difficile de vivre. J'avais été une enfant sage, obéïssante, presque effacée. J'avais fait des études solides d'ingénieur, cherché du travail avec sérieux. J'avais toujours tout fait parfaitement, j'étais quelqu'un de bien, de gentil alors pourquoi avais-je l'impression tenace d'engager ma vie à chaque action, fut-elle anodine comme aller à la Poste? Pourquoi avais-je si peur? Pourquoi étais-je si triste? Pourquoi me sentais-je si seule?
C'est ma psy qui m'en a parlé la première. Une question, au bout de quelques mois. "Avez-vous été excisée?". Je lui ai dit "oui" puis je suis passée à autre chose. J'avais des problèmes à régler et l'excision me paraissait complètement déconnectée de mes angoisses et du gouffre dans lequel j'essayais de survivre.
Il a fallu plusieurs années de thérapie pour que j'accorde du crédit à ce que me disait ma psy, comme quoi l'excision était l'une des causes de mes problèmes. Il a fallu encore plusieurs mois pour que je comprenne à quel point elle avait raison.
En plus de ma thérapie individuelle, je suis, un samedi par mois depuis un an et demi, un groupe de thérapie. Lors de la séance de Janvier, j'ai voulu travailler sur une "tendance dont je voulais me débarrasser". Quand quelqu'un me parle d'une situation à laquelle il a dû faire face, ou même à laquelle il va devoir faire face, c'est plus fort que moi: je me demande si j'aurais pu m'en sortir, moi, dans la même situation. Je réfléchis avec inquiétude à la façon dont il faudrait que je m'y prenne. Et je n'arrête pas avant d'avoir trouvé. Une fois, un ami m'a dit qu'il voulait s'acheter une voiture. Hop, ma moulinette cérébrale s'est mise en route: "et moi, comment est-ce que je ferais pour m'acheter une voiture? A qui demanderais-je conseil?" alors que je n'ai aucun besoin de voiture, je n'ai même pas le permis! Je voulais me débarrasser de ce besoin incessant de vérifier si je me sortirais de n'importe quelle situation.
En clarifiant avec les thérapeutes, j'en suis venue à leur demander de m'aider à me débarrasser de l'angoisse de me retrouver un jour dans une situation dangereuse sans savoir comment me sauver. Et ça a déclenché des cascades de larmes... Je n'ai pas expliqué aux autres membres du groupe de thérapie mais j'ai tout de suite pensé à mon excision.
Ce que je voulais, c'était un moyen de m'assurer que je ne me retrouverai plus jamais dans une situation semblable à l'horreur de l'excision.
Depuis, je fais peu à peu face à cette excision qui a bousillé ma vie, cette monstruosité que j'ai voulu oublier, cette sauvagerie qui a eu un impact si important sur moi, tellement important.
J'ai cherché, sur Internet, des témoignages de femmes excisées. Je ne peux pas en parler à ma mère, c'est un sujet totalement tabou. Ma soeur refuse d'en discuter. Il n'y a eu jusqu'ici que ma cousine pour accepter de m'en parler. J'ai cherché pendant plusieurs semaines sur Internet, pour une récolte maigre, très maigre. Alors j'ai décidé d'écrire ce blog, d'y témoigner, d'aider, peut-être, une femme ou une jeune fille qui a été excisée et qui cherche d'autres femmes qui ont subi la même chose sur Internet. J'ai aussi besoin de mettre à plat le chemin que j'emprunte cette année, le chemin de ma reconstruction.
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